HALNAWULF : LE BLOG...

Sic transit gloria mundi

04 juin 2009

LE TRAVAIL RENDS LIBRE...

LE TRAVAIL RENDS LIBRE.

 

Brice enfila la combinaison qui le protégeait de toute blessure et tout contact durant les opérations de recyclage qui constituaient son quotidien. Bernard, son vieux copain, chargé de l'acheminement des matières, n'allait pas tarder à passer le portail sécurisé de l'Unité des Matières Périmées. Malgré ses 15 ans d'expérience et la taille monumentale du complexe, Brice conservait chevillés au corps le goût du travail bien fait et la fierté de l'artisan. Sans être prestigieuse, la mission de traitement des déchets avait mobilisé suffisamment de militants et suscité assez de débats pour que les lois qui en étaient issues et les agents chargés de sa mise en place gardent la même mobilisation. Trop de paysages avaient étés défigurés par les tergiversations, et les états d'âmes de quelques démagogues naïfs avaient faillit provoquer la ruine de la nation. Lassés de ne plus pouvoir se promener en ville sans avoir à enjamber les détritus et subir les agressions olfactives, irrités du coût exorbitant de dispositifs inefficaces, la population s'était mobilisée. Il était du devoir de chaque électeur d'apporter sa pierre à l'édifice d'une société nouvelle d'hygiène mentale et physique, de liberté et de confort. Chaque contrevenant était signalé avec zèle par des citoyens concernés et pris en charge par les autorités. La prochaine étape à franchir serait le dépôt volontaire, mais les mentalités étaient parfois longues à évoluer.

Brice en était là de ses pensées quand le camion s'annonça. La chaleur et la masse transportée produisaient des effets d'échauffement et entrainaient des effluves nauséabondes et des réactions de dilatation dont témoignaient les bruits sourds et incongrus qui s'échappaient des rares et minuscules grilles d'aération. Une partie du chargement était hautement contaminée car restée sans traitement depuis des lustres. Le reste n'avait connu aucun soin depuis l'entretien de collecte à l'agence. Ce mélange morbide mettait à rude épreuve la structure d'acier renforcée et les nerfs des convoyeurs. Dans le tumulte du déchargement, dés l'ouverture des portes, la masse grouillante se rependit sur la surface de tri.

Malgré la routine de ce triste spectacle, Brice retint avec peine un haut le cœur. A ses côtés, Xavier, nouvellement promu à la tête de l'Unité des Matières Périmées avec l'appui de son ami Nicolas, ne rechignait pas, par goût personnel et volonté démagogiquement affichée de ne pas perdre le contact avec la base active de son institution, à jouer du bâton électrique. Une inclinaison perverse à se rouler dans la fange le mit-il en disposition favorable? A ses pieds, un produit se détacha de la masse; quoiqu'odorantes, les formes ondulantes en émergeant et les soubresauts dont il fut témoin le firent marquer un temps d'arrêt. Cet instant de fascination inconvenant prit au dépourvu les agents qui devaient contrôler électriquement les débordements éventuels.

Une deuxième vague plus imposante les surprit en s'écoulant devant Xavier jusqu'aux talons de Bernard. Engoncé dans sa combinaison et occupé à détacher des grilles quelques matières récalcitrantes, il ne vit pas venir la vague bouillonnante qui l'engloutit avec brutalité. Brice se précipita, jouant avec adresse du nettoyeur haute pression pour tenter de dégager Bernard. Quand celui-ci fut extrait de sous la masse purulente, Brice ne put que constater et prendre à témoin ses collègues que l'état de choc apparent, le traumatisme à prévoir, la déchirure de la combinaison et l'os brisé qui s'échappait de la plaie béante et contaminée augurait tristement du devenir de Bernard et d'un surcroit d'activité du centre de recyclage. Bernard relevait d'emblée de la catégorie 3 qui ne permettait pas statistiquement d'espérer une amélioration significative de capacités opérationnelles qui venaient d'être gravement altérées.

Dans une société où 2 siècles de combat politique s'étaient finalement cristallisés autour de la question du recyclage des déchets, l'opinion publique avait cessé de se croire à «l'école des fans».   Compétition et égalité étaient antinomiques; il avait bien fallu admettre qu'il ne pouvait y avoir que des gagnants. Ce qui restait du clivage droite-gauche se portait sur le recyclage et le traitement des déchets d'un capitalisme décomplexé. Fortune, gloire et santé, mais en toute chose intérêt personnel et satisfaction des besoins primaires, ingénieusement maquillés sous un vernis de civilisation : tel était le credo d'une société de "winners". Oubliant que le lien social, fondateur de notre civilisation, avait mis à l'abri des prédateurs un tas de viande aux dents, griffes et fourrures défaillantes, l'homme était devenu l'ultime prédateur, puis son propre prédateur, portant en lui-même les germes de sa destruction. La procédure de quarantaine se déclencha sans attendre. Dépouillé sans ménagement, Bernard fut rejeté hurlant et gesticulant au milieu des autres matières pendant que la chaine de traitement se remettait en route...

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14 mai 2009

L'EAU FERRU...

J'avais la pêche au début des 90's!

ETHYLISME

 

Dans les zoos urbains
noyés de pluies acides
où tout jusqu'au suicide
finit par sembler vain,

dans le fond des impasses
où meurent à petit feu
des homoncules malheureux
à coup d'un verre et passe,

là où les alcools russes
effacent les pensées ressassées
d'adolescents dépassés
absorbant toujours plus,

c'est là que, lassés,
les stériles héritiers
des vices assassins
de géniteurs moyens,
désespérés, patients,
se lancent à l'assaut
d'innombrables goulots
en un saut inconscient.

Dans le flot continu
d'une vodka renversée,
un corps recroquevillé
met ses entrailles à nu.

Sous les lueurs fanées
d'un crépuscule violet,
tombe un peu plus bas
l'esprit d'un enfant-rat.

Les odeurs ammoniaques
anesthésient enfin,
jusqu'au petit matin,
les douleurs insomniaques.

Du flot hémorragique
de ce corps déchiré,
les haines accumulées,
les tessons dramatiques
s'échappent incontrôlables,
mélangeant en un cri
et douleur et mépris
d'une vie périssable.

Son âme désincarnée
contemple désabusée
le spectacle affligeant
d'un humain croupissant.

Autour de la matière
fétide et repoussante
reposent les composantes
d'un être sans prières :

l'orgueil des résistances
aux corruptions cyniques
des nectars alcooliques
jusqu'à l'accoutumance;

l'élégance surannée
d'un poison déguisé;
la cigüe de Socrate
pour remède thanatocrate.
Alors un regard fixe
dans l'attente de Charon
lance un dernier pardon
qui résonne sur le Styx.


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12 mai 2009

LA DER DES DERS DE MES TOURNEES...

Pas terrible mais un défi est un défi...

ON RENTRE A QUELLE HEURE?


Putain! Ils vont me lâcher tous ces abrutis avec leurs flashs à la con dans la gueule? Pas de photos, on a dit! Et ces projos?! Je crève de chaleur, je suis trempé de sueur... et surtout j'ai soif. Bordel, j'ai soif... je tuerai pour une 16! Il finit quand ce solo, déjà... merde, c'est quoi, après? Ah ouais...

"Les enfants meurent sous les bombes
Les adultes jouent sur les tombes
Les squares sont devenus calmes
Depuis les pluies de napalm
Et les cordes à sauter
Dans les arbres sont accrochés
Autour du cou des victimes
Si nombreuses donc anonymes!"

Bon, il va se calmer, ce gratteux? Un solo tous les couplets, on est pas rentré à l'hôtel, quoi... La blondinette va refroidir, là. Maintenant que son album est sorti dans l'indifférence générale, c'est déjà pas la joie... faut croire que son poète maudit ne la fait plus vibrer. Elle aimait mieux quand je picolais, faut croire...

Ah ben voilà, faut qu'ils braillent pour réclamer tous mes vieux trucs... cassez-vous le cul à leur pondre de nouvelles chansons, avec des musiques chiadés et des producteurs de L.A... de la confiture à des cochons, oui! Grandissez un peu, les veaux, j'avais 18 ans quand j'ai vomi ces angoisses post-pubères. Non, on va essayer des trucs d'adultes, plutôt! Let's go...

"Quand la nuit se fait douce
Que le désir s'immisce
Les soupirs que tu pousse
Quand en toi je me glisse
 
Me sont un tel délice
Que le cœur qu'ils détroussent
Et l'amour qu'ils nourrissent
Sont à toi sans la frousse
 
Qu'un jour de malice
De secousse en secousse
ils reposent sous la mousse
des amours qui finissent..."
 
Ouais... ils font bien la gueule, là... pourtant, tout les potes me disent bien que je n'ai jamais aussi bien écrit! Putain, 35 ans de carrières, je suis pas le premier blaireau venu, quoi! Paul a déjà un plan promo d'enfer pour ressortir le CD avec des bonus et les maxi remix... peut être même une compil' dans la foulée... Et ben! Bien froids, les applaudissements! Z'ont rien compris, ces ploucs. Je déteste les tournées en province, de toute façon... Merde, ils se prennent pour qui? La prochaine fois, ils n'ont qu'à appeler la Compagnie Créole! Faut vraiment avoir besoin de thune... et vu le prix des cliniques... Mais je m'en tape! Je roule avec la Porsche des Pièces Jaunes, je dors dans un palace grâce aux Restos du foie, j'ai douze caisses de St Emilion 1954 dans la loge qui attendent pour mettre dans le coffre du car et je vous emmerde! Whaouw... ça tourne... Ah! ... enfin un peu de silence... fatigué là, juste fermer les yeux... 2 secondes... fais frais d'un coup... tiens, c'est tout clair... c'est rallumé?

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29 janvier 2009

REMEMBER CAMENBERT...

Le titre est un art.

 

Le recyclage aussi.

 

Il y a une grosse 15 aine d'années, j'ai écrit "Les passants" et gagné 2 places pour Dan Ar'Braz que je n'ai pas pu aller voir.

LES PASSANTS


Egon étudiait à l'université de Vaclavostock depuis deux ans déjà, deux années au cour desquelles la vie autour de lui avait suivi son cour un peu plus régulièrement que lui n'avait suivi les siens. Au delà de l'ironie qu'Egon manipulait de plus en plus familièrement avec une fascination malsaine, ses proches auraient pu déceler une angoisse réelle, brute de toute parure humoristique. Les soirées se suivaient chez l'un ou l'autre. A la cinquième bière, Egon avait une vision assez juste du monde refait à neuf qu'il portait en lui, sans pouvoir toutefois la faire prévaloir sur celle que chacun réussissait à garder en lui quand même leurs viscères les quittaient. Les consciences se réveillaient dans les relents de vomis et de honte, elle aussi bue jusqu'à la lie depuis longtemps. Ils pensaient justifier leur statut d'étudiant en prenant part aux différentes actions protestataires qui ne manquaient pas de naître au cœur de syndicats qui, tel un comité des fêtes, orchestraient les différentes manifestations annuelles.

Dans un pays au bord de la déchirure, les masses manipulées vomissaient leurs insanités racistes exacerbées par des seigneurs démagogues. Les boucs-émissaires se terraient et traînaient de foyers en foyers, d'incendies en agressions xénophobes. Les intellectuels se risquaient encore à conspuer l'ignorance grégaire et tachaient de soulever des mouvements de protestation au sein même des universités dont certains secteurs s'acharnaient encore à former les derniers humanistes. Le soleil printanier avait fait fleurir sur le bitume les revendications des étudiants, prétextes à nombres de révoltes et de débordements, derniers soubresauts d'une adolescence attardée qui n'en finissait pas de digérer son spleen. Laissant là les espoirs du grand soir naufragé, pressé d'enterrer dans son charnier intime de nouvelles illusions émergées par faiblesse, Egon avait rapidement pris ses distances avec les syndicalistes hâtifs à corriger d'un geste les résultats imprécis de scrutins dérisoires, les laissant s'enliser en revendications ineptes pendant de longues semaines qui empiétèrent même sur les vacances scolaires.

Les longues averses qui embuaient la ville surchauffée tenaient à domicile les habitants de Vaclavostock. Les enfants des cités restaient des journées entières le nez à la fenêtre, guettant les accalmies providentielles. Dans le crépuscule, d'inattendus rayons firent leur apparition, des rayons de feu qui écrasèrent la ville comme sous une canicule de fer. Une pluie de missiles tint les gens à l'abri des caves toute la nuit, dans l'attente de la découverte des cendres de leur quotidien si cher. Des quartiers entiers de Vaclavostock n'étaient plus que poussière et gravats, écrasés sous les surplus de bombes du dernier conflit balkanique en date, atomisée par des armes étrangères dont les crises politico-économiques avaient rendu l'achat plus facile. La première vague mit à terre les orgueilleuses tours qui avaient résisté durant des siècles, et celles plus récentes de l'habitat moderne qui de toute façon ne résistaient déjà pas à la sur occupation par des familles entières de désœuvrés. Le nivellement social s'était fait par le bas, nantis et démunis se retrouvant dans la masse des sinistrés d'une ville inerte. Les uns n'ayant plus rien à perdre et les autres plus rien à leur prendre, la promiscuité durerait, au moins le temps que se crée une hiérarchie des apathiques.

Egon mesurait l'ampleur du désastre du haut de la falaise déserte nouvellement née de la chute du promontoire guerrier. Les murailles de la forteresse avaient recouvert le campus criblé de cratères renfermant les corps et la matière pensante des facultés décimées. L'odeur de viande calcinée avait dissuadé Egon de traverser les impraticables vestiges des temples du savoir, aussi avait-il fait le tour en passant par les chantiers des nouveaux amphithéâtres. Le gigantesque squelette métallique qui avait un temps fait office d'escalier menant au pied de la colline n'avait pas été épargné par la chute des remparts. Egon en fit le douloureux constat lorsque l'escalier agonisant l'entraîna dans sa chute.

Ayant pillé les réserves de carburant de la compagnie, Karl se lança à travers les rues encombrées d'immeubles effondrés et d'ornières fumantes. Il dut bientôt se rendre à  l'évidence qu'il lui serait difficile de se frayer un chemin dans ce dédale de ruines. De détours en détours, il arriva finalement dans le centre-ville dont il convoitait le trajet depuis longtemps avec l'espoir d'y trouver des passagers y suant moins la rancœur et la misère. Un sifflement rapidement devenu familier empli l'air et fit se crisper Karl sur son volant. Une pluie de pierres s'abattit sur la tôle du toit du bus. Luttant pour garder le contrôle du véhicule, Karl ne vit qu'indistinctement la silhouette gisant sur le bord de la chaussée. Il eut juste le temps de faire un écart pour éviter Egon qui s'était traîné là à bout de force. Le bus atterrit sans dommages dans les buissons d'un jardin public tout proche. Miraculeusement épargné, il se trouvait néanmoins encerclé de tas de débris qui auraient sonné le glas des suspensions moribondes. Encore sous le choc, Karl hésitait à sortir de son bus, craignant le désespoir des sinistrés des alentours. Déjà Egon reprenait connaissance, cherchant dans la pénombre qui résistait encore à l'aube naissante le responsable de l'accident. S'étant assuré que personne ne se ruait sur son bus, Karl se porta au secours d'Egon. Le temps n'était pas aux politesses, et quand Egon fut installé dans le relatif confort du bus antédiluvien, Karl se renferma dans son mutisme. Ignorant ses douleurs rhumatisantes héritées de décennies de station assise, il s'efforça de dégager la voie. Le bus sortit en douceur du jardin public, puis reprit la route de l'exode. En parvenant à Cerna Hrad, la zone industrielle à la sortie de la ville, Egon et Karl sentirent dans les hautes cheminées décapitées et les entrepôts silencieux de toute animation que le cœur de la cité avait cessé de battre, attendant d'être ressuscité par le mystérieux chirurgien qui venait de trancher dans le vif. Laissant leurs concitoyens comme des cellules mortes dans le lit de la veille, ils prirent la première sortie qui s'offrit à eux, et l'aube leur fit découvrir les paysages bucoliques de leurs livres d'enfants, s'exhibant sur les bords d'une route vers la pérennité d'utopies humanistes.

Derrière la vitre du car défilaient des paysages de collines verdoyantes. Hélas, de longues balafres détruisaient l'harmonie de ce pays qui avaient troqué les anciennes plaies de la dictature et de l'ignorance pour celles plus modernes de l'industrialisation. Ces cicatrices purulentes s'incarnaient en kilomètres de tuyaux rouillés et éventrés émanant d'une pieuvre de technologie nucléaire perdue en pleine campagne. De toute la matinée, ils ne croisèrent que quelques charrettes tirées par des bœufs partant pour les champs et des enfants accompagnant les vaches aux pâturages, parfois en compagnie de vieilles paysannes tsiganes, portant foulard et rides. La fatigue de la nuit et la chaleur étouffante eurent bientôt raison de la résistance d'Egon qui s'assoupit. Le voyage n'en finissait pas, et, en voyant les routes devenir chemins et les chemins devenir escarpés, Karl se sentit soudain passablement perdu. Ils traversèrent d'anachroniques paysages de campagne animés de bergers et de moutons, de paysans moissonnant à la faux et de charrues à l'ancienne. Enfin, non loin d'une petite ville qui devait être Djo, le bus fit une halte pour le midi.

Le marché se tenait comme à l'habitude sur la place de l'hôtel de ville, offrant l'occasion de faire quelques provisions. Ce jour-là pourtant, la place centrale offrait un spectacle de foire, une foire tragique où les habitants avaient étalé leurs biens, faisant le tri de ce qu'ils emportaient et tachant de revendre le reliquat. Cette animation trahissait la peur provoquée par la nouvelle du bombardement de la capitale. Egon et Karl avaient laissé à regret le bus à couvert dans le sous-bois et s'étaient mêlés à la foule. Les valises gonflées se bousculaient dans les rues étroites. Les rares voitures s'écrasaient sous trop de poids tandis que s'enfonçaient dans la boue des chariots de fortune surchargés. Dans les maisons aux yeux crevés, les éclats de verre et de vitres jonchaient le sol déjà déserté, laissant gisant les trésors statiques et dérisoires. Les cris des animaux et des hommes se mêlaient portés par un vent de panique. Au premier signe de départ, une vague enfla et se lança vers la campagne dans un bouillonnement ininterrompu. Couvrant le tumulte, le staccato des mitrailleuses volantes noya dans la fumée l'écume de la marée humaine dont les débris éclaboussèrent la place. Tombés du ciel, les chasseurs pleuraient leurs larmes brûlantes d'ivresse et de métal sur les insectes terrorisés grouillant sous les lourdes chaussures de cuir. Hors de leurs cocons de coton, redevenus rampants, ils restaient prédateurs, semant les rues environnantes des cadavres naissants. Bientôt cerné, le cheptel humain ravala ses cris, tendant l'oreille à l'écoute des claquements métalliques des pistolets mitrailleurs que l'on nourrissait sans trêve. Peu à peu guidés et triés, délestés de leurs derniers bagages, les fuyards furent regroupés, puis on les conduisit sous bonne garde en convois à l'extérieur de la bourgade. Toute la journée, des détonations et des explosions de grenades épisodiques prévinrent de la présence de patrouilles peu amènes qui arpentaient les rues à la recherche des derniers habitants encore terrés chez eux.

Mihail Kalevik arriva d'un pas livide dans la rue Sfingtu Vaclav. Depuis une bonne centaine de mètres déjà, il avait cessé de se presser. La vision de la fumée se dégageant du faubourg l'en avait dissuadé. La seule assurance qu'il lui restait de son habituel aplomb était celle de ne pas retrouver debout la maison qu'occupait sa mère blanchisseuse, l'humble foyer qu'un jour, en mal d'indépendance, il avait quitté, mais où il savait pouvoir trouver asile avec, en poche, des nouvelles de son frère. Les rues lointaines de Vaclavostock où il trouvait par mille moyens presque légaux sa subsistance avaient changé de configuration, et les immeubles où se réfugiait la faune habituelle des cités modernes s'étaient écroulés, engloutissant à jamais leurs démons familiers. Les tentations disparues, la mémoire de ses racines rurales l'avait ramené sur ses terres sans qu'il eut envisagé de devoir y mettre les siens. Dans un élan de désespoir, il commença à fouiller les décombres, comme pour oublier dans sa rage à tirer sur les poutres entremêlées qu'il était seul au monde. Des haut-parleurs fixés sur des chars d'assauts prévinrent de l'instauration du couvre-feu. Les ultimes résistants reçurent l'ultimatum de se rendre aux patrouilles qui allaient venir les chercher pour assurer leur sécurité. Restant sourd aux appels péremptoires des cerbères conquérants, Mihail s'acharnait sur les restes fumants du foyer. Egon et Karl arrivèrent sur ces entremises, précédant de peu quelques commandos kaki qui les avaient surpris alors qu'ils sortaient d'une bouche d'égout. Le spectacle de ce dément solitaire attira le regard incrédule de Karl qui envia l'énergie du jeune homme, cette même énergie qui l'avait quitté bien avant que ne vienne la faiblesse de l'âge, cette même faiblesse qui l'obligeait maintenant à cesser de courir sous peine de sentir son cœur cesser de battre. Par trop haletant, Karl ne put s'expliquer, aussi ce fut Egon qui interpella Mihail pour le mettre en garde contre l'arrivée imminente des agresseurs. Mihail interrompit à peine son labeur et écouta sans même se retourner. Il s'apprêtait à considérer les deux importuns quand ceux-ci reprirent leur fuite éperdue, leur sillage criblé d'impacts de balles. Mihail se lança à leur suite, l'ombre de leurs poursuivants vociférant sur ses talons. Il ne mit pas longtemps à se retrouver à la tête de ce duo de fugitifs pour mieux les guider dans le dédale familier des rues médiévales de sa ville. Ils surent vite sans trop s'interroger qu'ils auraient voulu courir jusqu'à être à bout de souffle, que cette tension qui les avait envahis soit surpassée par l'épuisement et les soubresauts vengeurs de leurs cœurs malmenés. Ils s'écroulèrent finalement dans une minuscule clairière cernée de ronces et de haies épaisses qui les dissimuleraient à la vue d'éventuels poursuivants. Ils gisaient là inanimés, mais leurs cœurs battaient encore quand la nuit tomba.

La suite des événements donna raison à ceux qui acceptèrent la réédition : au crépuscule, la ville moribonde reçut l'extrême-onction à l'essence avant d'être immolée par les flammes purificatrices sous les yeux morts d'êtres sans plus de racines. Pleurs. Chocs. Cris de peur. Cris de haine. Mains tendues. Mains brisées. Regards interrogateurs sitôt clos sous coups de crosses. Sanglots morts, glandes lacrymales usées. Fatigue. Geste rageur, coup de fouet qui claque. Sursaut vengeur, coup de feu qui claque. Asphyxie. Frustration. Prostration. Sommeil. Soumission. La nuit tomba. Dans la grisaille matinale, des agrégats d'humanité retournèrent à la terre en y creusant les fossés et fondations de leur foyer concentrationnaire.

La réanimation fut collective entre quintes de toux, dents qui claquent et frissons salvateurs. Le bus s'ébranla sur des voies cahoteuses qui le menaient à une route plus praticable. La chaleur sortit de l'hibernation les organes et les sens. La faim se fit sentir, les odeurs corporelles aussi. La vie sauve, il semblait malvenu de se plaindre de ces nécessités biologiques. Une atmosphère de recueillement nostalgique berçait les fugitifs, et tous, en quittant leurs villes respectives rongées par une peste dévorante, souffraient d'abandonner à leurs plaies béantes les cités de leurs amours défunts, de leurs amitiés exclusives, des désespoirs les plus seyants. Le bus engloutit de nouveaux kilomètres avec une énergie et une résistance qu'on ne pouvait lui soupçonner après de nombreuses années d'usure sur les sempiternels parcours urbains qui avaient longuement torturé sa mécanique déjà ancienne. Ils passèrent avec prudence aux pieds de la citadelle d'un légendaire vampire empaleur, craignant tout de même plus la proximité d'un cite militaire sous haute protection. Ils arrivèrent au sommet d'un barrage surmonté d'une immonde statue de métal argenté représentant le dieu grec Apollon et la technologie nationale. En regagnant la plaine, ils ne croisèrent que quelques paysans habillés à l'ancienne, baskets aux pieds, à cheval entre deux siècles, conduisant des chariots roulant sur des roues et des pneus de voiture. La route défilait et ils rejoignirent le soleil qui se coucha aussi au creux des magnifiques paysages des Torpales, prés d'un village tzigane semblable à un bidonville égaré en Eden. A l'aube, ils reprirent leur route. Ils n'étaient plus très loin de leur destination, provisoire peut être, pour peu que Norokesti ait, elle aussi, succombé aux arguments explosifs des conquérants invisibles. Les victimes semblaient elles aussi invisibles, et Karl, Egon et Mihail commençaient à s'étonner de rencontrer si peu de fuyards sur ces routes de fortune qu'ils empruntaient depuis trois jours déjà. A peine avaient-ils croisé quelques attelages et quelques camions qui semblaient plus vaquer à leurs occupations quotidiennes que tenter de se sauver. Le bus arriva finalement en vue de Norokesti. Mihail s'était réveillé, étonné de ne plus souffrir des cahots et du ronronnement du moteur, rassuré aussi de ne plus entendre les détonations, de ne plus sentir le vent apportant les effluves de la mort au milieu de la fumée et de la poussière, les ruisseaux de sang coulant du dessous des pierres sur ses mains et son visage. La chaleur confortable avait séché les blessures du corps et de l'âme. Arrivés à l'orée des immeubles, ils se trouvèrent sur un léger promontoire qui leur fournissait un appréciable point d'observation.

La plus grande ville de la province d'Obsazenovine leur apparue semblable à tant d'autres, grise et bétonnée, uniquement faite de blocs de ciment dans lesquels étaient parqués les ouvriers qui faisaient marcher les industries environnantes. Tout au long du chemin qui descendait dans la cité se trouvaient des niches vides des statues religieuses qu'elles avaient contenues avant l'avènement d'idéologies moins mystiques. La ville endormie était ornée ça et là de tas d'ordures abandonnés devant de vieilles maisons aux façades morcelées, et parcourue de rues défoncées sans la plus infime parcelle d'âme, le tout menaçant de se désintégrer à la moindre secousse. La fin du voyage aurait dû les voir se séparer, mais ils n'étaient pas encore sûrs de rester là si plus rien ne les y retenait. Karl devait encore rejoindre le siège de la compagnie pour se décharger de la responsabilité du bus salvateur. Egon décida de le suivre. Mihail, lui, n'était plus très loin de son but. Après forces promesses de se retrouver au même endroit dès le lendemain matin, ils se mirent chacun en route vers leurs destinations respectives. Mihail n'avait plus qu'à retrouver l'immeuble dans lequel vivait l'homme qui avait pu être son père avant de partir en emmenant son frère Gustav. Il traversa enfiévré les rues désertes au milieu des immeubles dressés.

Le bruit de la porte qui claque résonnait encore dans la tête de Gustav. Le père Douranek l'avait chassé une nouvelle fois, la dernière. Une minute après, il avait fini de le regretter. Malgré ses promesses, Gustav n'y était pour rien. Même dans ses rêves les plus fous, jamais Gustav n'avait pensé régler ses comptes avec son père à coup de missiles. La déflagration l'avait tiré de ses délires revanchards alors qu'il tournait au coin de la rue. Il avait sursauté, s'était retourné pour voir les débris s'écraser sur le sol. Il était resté tétanisé cinq bonnes minutes, les pensées les plus macabres se bousculant dans sa tête. Il se surprit même à essayer de distinguer parmi les ruines ce qui était chair de ce qui était ciment, ferraille, et plâtras. Alors qu'il craignait de voir naître en lui des prétextes suffisants pour se représenter chez son père, le destin s'était chargé de rendre caduque ce problème de conscience. Un départ sans retour possible, c'était pour lui l'ultime épreuve. Il crût que celle-ci commençait par ne pas faire à son père indigne les honneurs des larmes et des sanglots qui lui montaient à la gorge. Elle se poursuivait dans ses tentatives de rester en vie, de se mettre à l'abri des obus qui continuaient de hacher menu les quartiers environnants.

Le déluge avait surprit Mihail en route. Il avait d'abord fait demi-tour, tenté de retrouver l'abri des sous-bois, prés de ses compagnons de voyage. Il se ravisa, restant prostré devant le brasier qui engloutissait tout ce qui avait fait ses espérances de ces derniers jours sur les routes. Revenant vers la gare où il savait par une lettre pouvoir y retrouver son frère, il sentit cet ultime espoir s'éteindre devant la structure métallique broyée de ce qui avait été la gare. Mihail se joignit aux secours. La poussière qui se mêlait à ses larmes le rendait presque aveugle. Son dernier lien avec la vie expirait-il sous les murs brisés qu'il s'entêtait à déplacer ? Il fut bientôt au bord de l'épuisement. Il sentit ses pieds se dérober sous lui. Il ne put se rattraper. Il ne put se relever. On le déposa hâtivement au milieu des morts et des blessés retrouvés et entassés pèle-mêle à même le sol. En reprenant ses esprits au bout de quelques minutes, il reconnut au milieu des gémissements une voix familière quoique affaiblie. Tournant la tête, il vit à ses cotés son frère Gustav. Dès qu'ils purent se redresser, ils s'éloignèrent en se soutenant mutuellement, les tentatives de secours ayant été brisées par la chute d'un nouvel obus sur la gare qui souleva en une dernière explosion l'amas de corps et de ferraille.

Karl et Egon arrivèrent au siège de la compagnie de transport en même temps que le bombardement qui le réduisit en fumée. Les entrepôts en feu s'écroulèrent sur le bus que Karl venait de garer avec précautions. Sur le parking extérieur encore épargné, Karl et Egon tentaient de s'éloigner suffisamment. Un souffle brûlant les souleva comme des fétus de paille pour les laisser s'écraser sur le bitume et être recouvert de terre calcinée. Un moment étourdi, Egon cria le prénom de Karl au milieu du vacarme des explosions répétées et des fracas d'immeubles s'effondrant. Il distingua au milieu de la fumée un bras tendu qui émergeait d'un cratère encore fumant. Il se précipita au secours de Karl, le sortit du funèbre orifice et le soutint jusqu'à la proche et providentielle entrée de métro. Une roquette s'abattit sur le tunnel et la meurtrissure béante fut l'épicentre des fissures qui dévorèrent rapidement l'asphalte. Egon repoussa Karl de toutes ses forces avant de sombrer dans la déchirure du sol s'effondrant sous ses pieds.

Les chutes mortelles cessèrent bientôt. Gustav et Mihail arrivèrent devant les ruines de la compagnie où ils avaient tenté de rejoindre Karl et Egon. Ils aperçurent finalement Karl inanimé mais vivant, bien que mal en point. Les recherches pour trouver Egon furent vaines. Alors que tous désespéraient, Egon reprit enfin conscience. Il avait chu sur une corniche entre deux étages, et sa chute ne demandait qu'à se poursuivre encore une bonne dizaine de mètres, dix mètres à ajouter aux kilomètres qui le séparaient de Vaclavostock. N'avait-il fuit le danger que pour se perdre dans les entrailles d'une autre ville qui ne lui était rien ? Il n'avait pas vocation de sauveur ni de martyr et s'était longtemps réfugié dans les utopies inertes. Une motivation fondamentale lui avait toujours fait défaut : la compassion, la volonté de pardonner aux faiblesses qui l'agressaient perpétuellement. Il ne voulait pas que l'on juge ses lâchetés intimes, il ne souhaitait même pas que celles-ci soient connues. D'abord tenté de ne pas juger pour ne pas l'être à son tour, il dut rapidement changer de défense et se réfugier dans un mépris et une misanthropie affichée. Il avait donc globalement condamné l'humanité à se passer de lui et ne désirait plus que préserver sa tranquillité, quitte à devoir fuir sans relâche les troubles de ses congénères. Jugeant son état physique et les acrobaties que sa sortie aurait nécessitées, Egon s'abstint de tout geste et appela à l'aide sans conviction. Ses cris timorés suffirent pour que Mihail et Gustav le localisent. Ils arrivèrent à point nommé pour l'aider à se sortir du mauvais pas qu'il s'efforçait de ne pas faire. Partant du bord du gouffre béant, accédant aux appuis qu'Egon avait par prudence négligé, Gustav arriva au-dessus de la corniche incertaine, et après avoir aidé Egon à se redresser, il le guida et le poussa jusqu'à ce qu'ils arrivent tous deux entiers hors du gouffre. Egon exprima sa gratitude à Gustav, sans pouvoir toutefois échapper au sermon sur ses faibles dons athlétiques qui sous-entendait l'autosatisfaction gloriolesque inhérente aux propos habituels de Gustav. Mihail n'avait jamais supporté la prétention de supposé experts dans quelque domaine que ce soit, mais il avait fait l'effort de retrouver cet énergumène sympathique, ridicule plus souvent qu'à son tour, mais exagérément fier de capacités qu'il possédait, par malheur, réellement. Il était sa seule famille.

Sur les pas de Gustav qui retrouvait péniblement ses marques au milieu des ruines de son existence, ils prirent par Cerna Prosim où ils ne restaient plus des plaisirs de jadis que les tristes paillettes qu'étaient les néons sans lumière des cabarets qui n'exhalaient plus aucune joie et se présentaient sans fards comme des bâtisses s'engraissant des plaisirs sordides d'une humanité perverse. Ils renoncèrent à traverser le pont Karluv impraticable et passèrent sans regrets devant les devantures carbonisées des magasins de Mennyi Ulice où s'étaient autrefois entassés les objets de convoitise de toute la population mais qui ne présentaient même plus d'intérêt pour les charognards humains. L'incendie qui n'en finissait pas de dévorer les bureaux de l'administration municipale et le quartier de la cathédrale désaffectée faisait de la Zakazan Namesti un terrain en friche sur lequel ne pousserait plus le moindre rameau d'olivier ni la moindre rose. Fuyant les flammes, ils s'aventurèrent dans Jobbra Ter. Les hôtels particuliers avaient été pris d'assaut par des populations enflammées par des années de frustration, et le pillage ne laissait derrière lui que des familles endeuillées qui, à quelques rares exceptions, s'étaient crues épargnées par les bombardements mais n'avaient pas survécu à la violence des intrus en mal de revanche sociale. De l'autre côté du grand parc des Plantes, se trouvait Sfingtu Vaclav, et au moment de cet ultime adieu à son quartier d'enfance, Gustav sentit la sérénité qui devait être celle de sa mère et de ses frères et sœurs, délivrés du fardeau de la vie dans les cendres de Djo. Lui survivait à Norokesti, enfin nettoyée par le vide de toute l'ordure morale et industrielle qui s'y accumulait depuis des générations. Les fumées qui montaient aux cieux étaient autant d'ascenseurs pour des innocents "trop pauvres pour être malhonnêtes", comme le disait une chanson revenue de son enfance. La nuit tombant, ils s'abritèrent dans les ruines de l'hôpital où chacun se renferma dans le mutisme, se perdant dans les limbes de ses rêves. Gustav se lamentait, peinant à cacher son trouble, sa colère d'être effrayé, démuni et perdu, privé de son théâtre et des acteurs qui lui servaient avec bonne volonté leurs répliques ouvrant sur ses longs monologues. Il luttait, humilié d'avoir à supporter cette incontinence de son âme. Son ventre se serrait, retenant à l'intérieur ses tremblements de folie. Ne pas crier surtout. Ne pas penser aux blessures dont chaque évocation le rapprochait de la folie tellurique. Loin de Vaclavostock, de Djo, un autre monde s'écroulait.

Karl se doutait que l'orgueilleuse statue commémorative de la victoire ne devait plus être que cuivre déchiré en lieu et place de la plantureuse déesse d'inspiration grecque qui avait été, à l'époque, la femme la plus pulpeuse de toute la région. Il avait fallu de nombreux mois avant que ne s'oublient les dégâts physiques de la famine qui ne favorisait guère le développement harmonieux des jeunes filles. Il avait en d'autres temps parcouru la ville en tout sens pour travailler en semaine et pour chercher l'âme sœur de ses samedis nocturnes avec laquelle il pourrait travailler le brouillon de ses baisers et de ses caresses. Il avait eu un jour l'apparition fugace d'une demoiselle seule, perdue dans quelque songe de jeune fille devant cette péronnelle triomphante en armure de cuivre, verte de jalousie de la beauté de chair pure qui défilait innocemment devant elle. De fait, il était difficile de rester de marbre à l'évocation des courbes généreuses que même les privations n'avaient pu aplanir. Il l'épouserait un été. Karl refoula du même geste de la main une larme et ce souvenir douloureux. Dans l'obscurité, l'émotion passa inaperçue, pourtant, la nostalgie était là et ne le quitterait pas plus que lui-même ne quitterait le sol sacré de ses amours défunts. Quelque part dans cette ville survivait peut être celle qui avait su mortifier son cœur et le réduire en esclavage quelques vingt ans auparavant. Il serra sur son cœur une lettre jaunie par les larmes et le temps perdu à ne pas y répondre.

Au matin, ils sortirent tous les quatre des bâtiments de l'hôpital. S'avançant dans les paysages lunaires de la ville, il leur sembla que, des siècles auparavant, une civilisation avancée avait sombré dans la décadence qui avait causé sa perte. Pourtant, les rues grouillaient d'animation, les rescapés du bombardement s'affairaient à secourir les victimes et à dégager le plus gros des gravas. Déjà, les solidarités s'organisaient. Mihail avait retrouvé son frère, et celui-ci ne semblait pas prêt de quitter son théâtre. Mihail serait là pour l'aider à connaître l'homme derrière le masque, et dans cette quête, peut être rencontrerait-il un Mihail Kalevik dont il n'aurait pas à rougir. Karl avait gagné les premiers étages d'un immeuble décapité. De là-haut, il pouvait contempler le spectacle désolant d'un champ de ruine, celui de sa vie sentimentale. Quelque part, au hasard des rues et des flots de réfugiés qui se présentaient déjà dans ce camp de fortune, peut être retrouverai t'il celle qu'il avait fuit des années auparavant, avide de gloire et d'idéologies héroïques. Baissant les yeux, il vit Egon lui faire un signe d'adieu et s'éloigner, un maigre baluchon sur les épaules. Il suivit des yeux la frêle silhouette qui s'évanouit bientôt au détour d'une colline. Dans le lointain, le tonnerre reprit de plus belle, annonçant les éclairs d'aciers et les pluies de feu qu'ils étaient dorénavant décidés à affronter.

Le chant des mitrailleuses et les ronronnements de l'aviation descendirent du ciel sur le chemin d'Egon. Un ‚clair foudroya la route de son exil. Dans l'esprit bientôt libéré d'un corps disloqué, un autre chant s'éleva, éphémère. La chanson s'effaça devant la clameur des cours de récréation puis celle des cafés proches du lycée, les éclats de voix nocturnes des couloirs de résidences universitaires, les slogans des manifestations estudiantines. Ce cri, toujours le même, qu'il entendait si bien à force de ne pas en être, ce cri d'ensemble se tut. Les chanteurs étaient morts. Une victime hurla brièvement dans les ténèbres glacées, de peur, de douleur, un hurlement solitaire dont on entendait enfin les dissonances.

 

  FIN

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27 novembre 2008

CE MATIN, UN LAPIN....

Parfois considéré à tord comme un Manga, Usagi Yojimbo est un comics édité aux USA par Dark Horse et en France par Paquet. Le format choisi par ce dernier éditeur entretient peut être la confusion. Le parcours atypique de l'auteur, Stan Sakai, y contribue probablement aussi. Né au Japon d'un père militaire américain, Stan Sakai grandit à Hawaï avant de s'installer en Californie pour y poursuivre ses études artistiques. Lettreur pour Sergio Aragones sur la série «Groo», barbare souvent croisé ou évoqué dans Usagi Yojimbo, Stan Sakai crée son "lapin garde du corps" en 1984.

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Dans le Japon du XVII ième siècle, la rivalité entre la noblesse d'épée et la noblesse de sang a culminé jusqu'au renversement de l'empereur et la prise du pouvoir par le Shogun, le général en chef. Bien que sous son autorité, les Daimyo, les seigneurs féodaux, ne cessent de se livrer bataille au nom du pouvoir. Au service de ces seigneurs, les Samouraïs suivent la voix stricte du Bushido et sont dévoués à leur seigneur jusqu'à devoir normalement le suivre dans la mort.

Samouraï ayant perdu son seigneur lors d'une bataille mais ayant du lui survivre pour éviter la profanation de sa dépouille, Miyamoto Usagi est devenu un Ronin. Il ère donc dans le Japon féodal, fidèle au Bushido, rétablissant le droit et la justice au fil de ses 2 épées, louant parfois ses services comme garde du corps.

Dans la tradition des bêtes porteuses de messages qui va de La Fontaine à Carl Barks, Stan Sakai choisit de donner la parole à des animaux anthropomorphiques et truffe ses pages de Tokagés, d'étranges lézards sympathiques qui remplacent avantageusement la faune habituelle, domestique ou sauvage. A ce titre, l'incarnation hors norme du seigneur Higiki, ennemi fondamental d'Usagi,  est une piste intéressante sur la lecture à faire des aventures de Usagi Yojimbo.

L'univers de ce premier tome est peuplé de  monstres et démons issus de la mythologie japonaise, de jeunes seigneurs faisant l'apprentissage de la vie, de femmes samouraïs fidèles, de chasseurs de prime roublards, d'auberges animés, de félons à punir, de Ninjas, de références au cinéma de hong-kong rendant hommage à Zaitoichi... Tout ce univers pittoresque se débat dans les amours d'enfance, les rivalités, les rancunes, les dettes d'honneur, les passions contrariées par le devoir et les farces et mauvais tours que peuvent se livrer 2 compagnons de route.

Avec une infinie grâce dans son dessin, Stan Sakai nous invite à une épopée extrêmement bien documenté dans le japon féodal, que ce soit concernant les mœurs, les coutumes, la politique ou bien les costumes et accessoires. La délicatesse des principes cohabite avec la violence des combats, pleins de bruits et de fureurs dans une époque troublée par les complots et les luttes de pouvoir.

La profondeur de la psychologie des personnages et la diversité de leurs sentiments, les drames poignants côtoyant les farces pittoresques dignes des meilleurs westerns spaghetti finissent de faire des aventures de Usagi Yojimbo un comics incontournable et loin de sentiers battus qui ne cesse de surprendre alors que le 15 ième volume est annoncé pour 2009 en VF. S'il ne devait y avoir qu'un bémol, il porterait encore une fois sur les maladresses de langage d'une traduction parfois peu inspiré.   

 

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27 octobre 2008

ZOMBI SOIT QUI MAL Y PENSE...

Le mois d'août vit s'imposer le thème des zombis aux moyen-âge. Il s'agissait donc de s'y plier...

Zombi soit qui mal y pense..


La soif de sang de Gilles de Chin ne s'était pas étanchée des corps de Sarrasins qu'il avait amoncelé au pied des murs de Jérusalem avec la bénédiction de l'Église. La faim dévorait les entrailles de la masse hirsute, grouillante, hagarde et puante qui attaquait le bastion de fortune dans lequel s'était réfugié les derniers représentants de la noble famille des Truchis de Varennes. Les cris inintelligibles de la horde terrorisaient Blanche et Clément blottis au creux des bras du vieux Duc. Le crépuscule avait sonné l'hallali de leurs espoirs de fuite loin de leur château dévoré par les flammes, les contraignant à se réfugier dans ce proche grenier à sel en laissant leurs chevaux être réduits en lambeaux de chair par les ongles noirs des assaillants du coche.

L'assaut des crèves-la faim sur le grenier à sel de Mons était une douce promesse de libation pour Gilles. Dernier fidèle du Duc, il avait repris les armes pour couvrir leur retraite. Oubliant les douleurs et les outrages du temps, il tailladait et transperçait à tour de bras les damnés de la terre qui se dressaient sur ses pas, mais les corps rompus par une vie accablante de labeur, de douleur et d'injustice semblaient à peine sentir la souffrance. Nourris des campagnes ravagées par la famine, la peste et la guerre, les rangs des assaillants ne craignaient nul massacre. Les efforts méritoires de Gilles n'entamaient guère leurs forces vives et ne réussissaient pas à freiner leur progression. L'ancien boucher de Palestine ne résisterait pas longtemps à la voracité des errants affamés.

Le tumulte de la bataille résonnait contre la porte du grenier. A l'intérieur, les adolescents et leur grand-père retenaient leur souffle en écoutant les râles de Gilles qui, au fur et à mesure, devaient plus à l'épuisement qu'à la rage du combat. Des bras innombrables continuaient à se tendre vers lui, tentant de l'agripper pour l'étouffer ou l'écorcher. L'espace autour de lui ne cessait de se réduire et il craignait de perdre pied au milieu de cette vague d'assaut putride et grognante. Une multitude de griffures sanguinolentes striaient son visage et ses bras nus. La nuit finit de tomber alors que Gilles menaçait de faire de même. La lueur de la pleine lune l'enveloppa comme pour mettre en lumière la futile dignité et l'inutile vaillance du probable vaincu. Le bruit du fer de l'épée tombant sur la pierre du seuil glaça le sang de Guillaume de Truchis de Varennes. Il poussa un cri de désespoir qui ne trouva comme écho que le double hurlement bestial des gorges torturées de Blanche et Clément.

Déchirés par la clarté lunaire qui s'était immiscée par une meurtrière, leurs corps se démembraient et croissaient, se couvrant d'une fourrure d'où n'émergeaient plus que griffes et dents acérées. Sous les yeux de Guillaume, ils traversèrent d'un seul bond la pièce et la robuste porte de chêne qui les avait protégés des gueux ivres de revanche. Bave et sang aux lèvres, ces derniers restèrent un moment encore plus ahuris que de coutume. Les loups se jetèrent au cœur de la bataille toutes dents dehors, arrachant, broyant, déchiquetant les membres passant à leur portée, refoulant le dégout qui leur tordait l'estomac au goût de ces chairs puantes. Le premier assaut dispersa les rangs des attaquants qui tentaient de se regrouper, remis de leur surprise et sûrs de leur suprématie numéraire. Les canidés firent volte-face et se jetèrent à la gorge des premiers à montrer quelques velléités de revanche, la puissance des mâchoires décapitant les plus téméraires.

A demi-assommé sous les débris de la porte qu'il avait gardé jusqu'à la limite de ses forces, Gilles luttait pour reprendre ses esprits et tendit la main vers son épée. A travers les voiles de l'inconscience qu'il tachait de chasser, il entrevit les bêtes féroces qui ravageaient la troupe décharnée des agresseurs. Une masse grise atterrit soudain devant ses yeux exorbités par la peur, son esprit brutalement réveillé pour mieux prendre conscience de l'imminence de son trépas. Les yeux fiévreux de l'animal le fixèrent un instant, ignorant la gorge sans protection qui s'offrait à portée de crocs, puis se détournèrent vers les semblants d'humains qui ne renonçaient pas à la mise à mort. Le loup gris bondit de nouveau pour poursuivre son œuvre d'égorgeur. Se sentant pour le moment épargné, Gilles pris appui sur son épée et se redressa. Brandissant son arme tranchante, il reprit le combat, hurlant tel un possédé, plus soucieux de découper les corps que de montrer sa science de l'escrime.

Le tumulte était à son comble mais les cris avaient changés de nature. Le Duc Guillaume qui était resté en retrait s'approcha prudemment de la porte ouverte que nulle créature hostile n'avait encore franchie. Une scène d'apocalypse s'offrit à sa vue incrédule : enfoncé jusqu'aux genoux dans une boue de sang et de cadavres piétinés, un chevalier écumant de rage s'acharnait sur des corps démembrés et rampants ; une bête féroce à la fourrure grise arrachait les gorges et les têtes de paysans sanguinolents pris de folie meurtrière ; un autre loup au pelage blanc souillé de sang crachait les viscères fumants et pestilentiels qui ornaient ses crocs. L'animal ne vit pas le pieu grossier que brandissait derrière lui un gueux à demi éventré. Le Duc n'eut que le temps de faire barrage de son corps entre la lance de fortune et le flan de la créature qui avait été sa petite-fille. L'épée de Gilles arriva trop tard mais l'assassin ne garda pas suffisamment longtemps sa tête pour pouvoir se réjouir. Quand elle roula sur le sol, ses derniers acolytes claudiquèrent vers la forêt.

Gilles tomba à genou près du Duc agonisant. Il le prit dans ses bras et sentit son dernier souffle s'envoler vers les étoiles. Épuisé et écœuré au terme d'une heure de massacre et de clameurs, Gilles ne réagit même pas quand il vit s'approcher les jeunes loups et se laissa complètement glisser au sol. Ils reniflèrent le corps sans vie de Guillaume et ne poussèrent que des gémissements plaintifs. Ils reniflèrent ensuite la main de Gilles qui ne put s'empêcher de la tendre doucement vers le loup blanc. La jeune louve prit délicatement le poignet du guerrier harassé dans sa gueule et, sans quitter des yeux le regard de Gilles, renforça peu à peu la force de sa prise. Il sentit sans réagir les crocs pénétrer sa chair, son sang couler doucement et sa vie s'échapper peu à peu ; il se laissa glisser vers le néant. Blanche relâcha sa prise et les loups se blottirent contre Gilles de Chin, attendant le réveil du nouveau chef de leur meute dont l'expérience guerrière et une vigueur nouvelle conduiraient bientôt leur quête vengeresse. Les hordes errantes et affamées ne savaient pas encore quels terribles ennemis étaient dorénavant sur leurs traces.

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19 août 2008

DOMITILLE AVAIT RAISON...

   Parmi les merveilles du Cotentin souvent mal considéré pour son climat vivifiant, on trouve, quand le brouillard se lève et au large de St Vaast La Hougue, l'île de Tatihou...

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    Cette île offre la particularité d'expliquer la mégalomanie chronique des manchots puisqu'elle permet de se considérer comme la réincarnation de Jésus, pas moins. C'est en effet en marchant sur l'eau qu'on peut gagner les rivages insulaires aux meilleures heures de la marée. Sous l'œil bienveillant des guillerettes constructions de Vauban, il ne nous a fallu que 20 minutes d'un pas alerte pour conquérir ce nouveau territoire.

    Ce délicieux week-end exempt de lourdeur caniculaire accueillait la 14° édition des Traversées de Tatihou, donnant l'occasion de fêter les 400 ans de la ville de Québec. Au programme de cette journée, 2 concerts se déroulaient dans le laps de temps durant lequel l'île est accessible. Gouvernés par la marée, les récitals se soumettent à un timing des plus serré ne permettant guère les rappels de rigueur lors de tout évènement musical acceptable.

    Entre 17h15 et 19h15, ma tendre moitié et moi-même purent piétiner à loisir dans une ambiance celtiquo-québécoise qui aurait mérité de s'épanouir dans un espace dansant  et désaltérant au rythme endiablé des fantaisies  traditionnelles du Trio bretonnant EDF  et du groupe québécois Les Tireux d'roches.


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    Après 2 heures de concert, les jambes vous démangent tellement que rebrousser chemin pour regagner la terre ferme de St Vaast est un délice qui masque cependant à peine les envies de fest-noz qui vous titillent jusqu'au bout de la nuit...


   

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23 juillet 2008

INTERDIT AU - DE 18 ANS...

Il fallait bien que ce genre de contraintes m'arrive. Au pied du mur pour écrire un récit érotique!

Ne lisez pas les lignes qui suivent si vous avez la moindre raison d'être choqués!

PERSONNAL WAR...


Elle ignorait combien de temps elle résisterait encore aux coups de butoir qui se répercutaient à travers tout son corps. Elle sentit ses genoux fléchir. A ses pieds, Ben gisait inconscient au milieu de ce qui devaient être les briques du hangar nouvellement en ruine. Elle s’efforçait aussi de faire abstraction de l’épais nuage de vapeur qui enveloppait le port de New York au large duquel s’était violemment écrasé Johnny. Elle priait silencieusement pour que Reed reviennent vite de son labo avec le moyen de mettre fin à la folie de Namor, mais elle ne put s’empêcher de penser à ces derniers mois durant lesquels son mari s’était hélas montré meilleur guerrier que pacifiste. En elle s’immisçait le doute et Le Prince des Mers le sentit. Entre 2 coups de poings sur le champ de force aussi invisible que celle qui l’avait dressé, il poursuivit sa litanie.   

- « Victor avait raison, ne le comprends tu pas, Sue ? Pourquoi résister à la justesse de ma cause ? Les traîtrises successives de Richards ne sont t’elles pas ainsi révélées au grand jour ? Qu’attend tu de l’homme qui osa plonger ton enfant dans le coma, emprisonner ses alliés et mettre à mal votre si précieuse démocratie dans laquelle vous érigez au rang de liberté vos caprices individualistes d’enfants gâtés et irresponsables?». 

Elle avait jusqu’ici réussi à dissimuler ce que son uniforme déchiré dévoilait outrageusement. Elle ne pût plus longtemps se soustraire à la vue de Namor et lui apparut en rougissant. A sa grande surprise et au milieu de son trouble, elle sentit soudain les coups pleuvoir plus doucement et croisa le regard soudain indécis de celui qu’elle avait si souvent encouragé à taire ses sentiments.

- « Ta… ta volonté n’est plus que lambeau, comme l’est l’uniforme honni de mon ennemi juré! Porteras tu plus longtemps ces couleurs marquées par l’infamie ? Le lâche ne se cache t’il pas derrière tes charmes, persuadé qu’une fois encore, ils auront raison de mon légitime courroux ? ».

Le champ de force céda soudain ! Désarmée, fragile, Sue se redressa dans un ultime effort, faisant face, digne et souveraine, à la colère mêlée de trouble de l’Atlante. Elle plongea ses yeux bleus qui avait pris les reflets de l’acier dans le regard de Namor.

- « Suis-je donc une traîtresse manipulatrice, moi qui ai refusé ton royaume et les fastes d’Atlantis, repoussé un Prince si puissant, renoncé à la caresse des courants marins à tes côtés ? N’aurais-je pas eu la partie facile que d’utiliser ton amour pour me jouer de toi et te livrer à la vengeance de tes ennemis ? Si vraiment tu me juges ainsi, frappe-moi ! Ma vie, ma pudeur et mon honneur sont à la merci de la colère qui t’habite».

Namor s’approcha les poings serrés. Son esprit déchiré sembla frémir ainsi que son échine. Devant lui s’offraient les courbes tant convoitées aux creux de ses rêveries fiévreuses mais trop de rage affleurait encore en surface de son âme. Il leva brutalement le poing qui ne put se rabattre et resta tendu vers les cieux ! Namor hurla son défi aux complots et à la confusion semée par Doom en son esprit torturé ! Il attrapa Sue Storm Richards par le col de sa combinaison en lambeau entre désarroi et colère. Le tissu de molécules instables finit de céder et les seins blancs et généreux de la femme tant convoitée s’offrirent à ses yeux.

Un éclair passa dans le regard du souverain d’Atlantis qui changea, passant de la rage au désir, du désir au désespoir d’avoir engendré tant de violence. Ses mains glissèrent sur les épaules nues de Sue. Les jambes de Namor se dérobèrent sous le poids de la culpabilité et de l’humiliation d’avoir été le jouet de Doom. Sue sentit le souffle chaud de Namor passer sur ses seins nus, sur son ventre, les mains de l’Atlante finissant d’attirer au sol les reliquats de son uniforme bleu. Elle sentit le front fiévreux de Namor se poser à l’orée des boucles blondes de son bas-ventre. Leurs respirations s’accélérèrent de concert. Le monarque éconduit abdiquait tout orgueil à genoux devant son adversaire victorieuse, reconnaissant des torts et se montrant plus humain que ne l’avait été depuis longtemps son génial époux maintenant si lointain et finalement si étranger. Après un bref instant d’hésitation, Sue posa ses mains sur la tête de Namor, attirant son visage plus prêt de son corps nu au milieu de la fumée du combat et des décombres du dock déserté et enfin silencieux.

Les mains du monarque se posèrent sur ses hanches alors qu’il embrassait doucement l’intérieur  de ses cuisses, retardant le moment de poser sa bouche au cœur de celles-ci. Les mains de son amante le pressèrent encore et il glissa sa langue à la lisière de son sexe, faisant venir les premiers frémissements et s’attardant jusqu’à faire naître la moiteur propice à leur union. Sa main couvrit le pubis doré et Namor se redressa, ayant délaissé le maillot d’écailles qui constituait son seul vêtement. Son autre main se posa sur la taille fine de la jeune femme et attira son corps athlétique vers lui. Son autre main précisait sa caresse. Ils s’embrassèrent enfin, d’abord hésitant puis avec empressement, leurs lèvres s’emprisonnant, puis se caressant de leurs langues affamées. C’était elle maintenant qui entouraient de ses bras le corps fuselé de son amant, pressant ses seins fermes et moelleux contre lui. Elle léchait son torse salé, glissa ses mains sur ses fesses de granit, sentant battre contre elle le sexe dressé du monarque des 7 mers. L’impatient appendice cherchait déjà sa route avec fort peu d’hésitation, et cette intime exploration lui donnait le vertige. Les mains de Namor qui pétrissaient délicieusement ses fesses ne lui permettaient pas de se dérober.

Elle se laissa glisser au sol et gratifia le vit triomphant du contact de ses lèvres charnues. S’attardant sur sa base, s’aventurant sur ses côtés tandis que ses doigts le tenait délicatement à sa merci, elle lui offrit enfin le chaleureux abri de sa bouche qui alla et vint jusqu’à sentir le battement de ses veines sur le point de demander grâce. Namor, le souffle court, s’agenouilla face à elle. Prenant appui sur ses mains, Sue entoura la taille de l’Atlante de ses jambes et se posa langoureusement sur ses cuisses, engloutissant au creux de son ventre le sceptre de chair du monarque conquis. Le gémissement de satisfaction de Namor trouva l‘écho de ceux  de Sue qui donnait maintenant le rythme de leur étreinte. L’Atlante infléchissait à loisir le mouvement de sa maîtresse par la fermeté de ses mains puissantes sur la taille ondulante de celle-ci. Ils perdirent peu à peu le contrôle et la conscience de l’extérieur pour ne plus entendre que les cris de l’autre. Cette communion charnelle si longtemps combattue et reniée les consuma en une explosion de cris, d’ongles acérés, de morsures esquissées, de cœurs au bord de l’arrêt et de corps convulsifs. Les amants entrelacés et pantelants entendirent à peine le souffle savamment étouffé d’un véhicule atterrissant verticalement au bout du champs de bataille.   

To be continued...

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19 juin 2008

LICENCE DES MAINS DE LA MORT...

 

Pow ! Pow ! Ce septième jour d’avril n’annonçait pourtant pas les évènements de mai 68. Les oreilles décollées de Pépée frémirent à cette nouvelle salve. Les détonations avaient hanté la matinée entière et elle désespérait d’entendre enfin les roues de la Rolls sur le gravier de la cour du château de Perdrigal.

 

Son cœur battait comme un tambour tandis qu’elle tentait de se montrer aussi calme et discrète que possible, ce qui n’avait jamais été son fort. Le massacre organisé auquel elle tentait de se soustraire était il une expédition punitive, en réponse aux quelques dégâts que ses acrobaties et pérégrinations diverses avaient pu occasionner dans le château et ses alentours ?

 

Elle finit par atteindre une fenêtre du château et entrer dans la pièce où se trouvaient sa nourriture et ses jouets. Ses mains comme des raquettes se refermèrent sur le colt Smith et Wesson qu’elle avait conservé de son enfance au Music Hall. Nombres de ballons multicolores avaient explosé sous les cris de joie des enfants et dans les envolées musicales de Country. Depuis son premier anniversaire, Pépée avait entendu des notes plus tristes résonner sur le piano du salon. Un requiem semblait soudain des plus adapté à la situation.

 

Au fond d’elle, elle senti se réveiller la colère de ses racines. On en voulait à sa vie et ses compagnons de jeu baignaient maintenant dans leur sang. Elle ne pouvait se résigner à finir comme du bétail à l’abattoir. Franchissant prudemment la fenêtre, elle s’accrocha à la branche la plus proche et se figea dans l’épaisseur des feuilles qui habillaient le chêne centenaire. Les coups de fusil s’espaçaient à mesure que les victimes se faisaient plus rares. Le tonnerre se rapprochaient de son refuge sylvestre. Pépée vit soudain sous ses pieds se fixer le chasseur aux aguets. Serrant son Colt, elle visa le chasseur Lotois aussi soigneusement que le fouet le lui avaient appris. Un plomb vint piquer la joue du bourreau, trahissant le tireur de pacotille.

 

Pépée s’effondra du haut du chêne dans le Magnolia voisin. Les Fleurs perdues dans sa barbiche se noyèrent dans le sang qui coulait à gros bouillon de sa gueule entrouverte avide de trouver un dernier souffle. Ses yeux étaient comme des lucarnes ouvertes sur les 7 dernières années de sa vie, entouré de l’amour de Léo et de l’agacement de Madeleine, entre les mélodies naissant dans la douleur et la passion agonisant dans les cris, expirant en une dernière vengeance sanglante. Non loin, Zaza gisait déjà, couchée sur le flan. Pauvre bonobo. Pépée aurait voulu s’y traîner et se blottir à nouveau contre elle, ne rien changer à son décor, dormir encore avec les morts.

 

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07 juin 2008

MANSUETUDE...

Une réponse très attendue :

AmazingFantasy15

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27 mai 2008

THE AMAZING INDIANA JONES....

En attendant d'avoir plus de mots que d'images à mettre en ligne, je me suis fait plaisir avec un thème d'actualité.

Le premier fan de comics qui percevra le clin d'œil gagnera un magnifique ouvrage choisi par mes soins! 

PIN_UP_INDY

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02 mai 2008

MAUVAISE TETE...

Non, vraiment, le petit chaperon rouge, je n'étais pas pour...

PETIT_CHAP_ROUGE2

La démocratie a ses limites, finalement!

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15 avril 2008

OLD BIKER THAN NEVER...

Un hommage pictural à nos amis motards...

GHOST_RIDER_2099

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03 avril 2008

A DORMIR DEBOUT...

Bill Willingham au scénario et Mark Buckingham, aidé par Bryan Talbot, Ian Médina, Linda Medley font mentir la formule consacrée selon laquelle « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

FABLES3


Depuis que le royaumes des Fables est tombé aux mains d'un mystérieux "Adversaire", les survivants ont trouvé refuge dans notre monde, se mêlant aux humains pour ceux qui en avaient l’apparence ou se cantonnant à « la Ferme » pour les non-anthropomorphes.

Bienvenue au royaume de Fables ! Arnaques, crises de couple, divorces sordides, obsessions sexuelles, meurtres divers et en série , zoophilie, chantage, corruption politique, prostitution y ont pour acteurs le Grand Méchant Loup, Blanche-Neige, les 3 petits cochons, le Prince Charmant, la Belle et la Bête, Barbe Bleu, Pinocchio et tous les être fabuleux qui ont illuminé notre enfance !

Les volumes 1 et 2 parus chez Semic nous présentaient l’enquête de Bigby (Big B… ad Wulf) sur le supposé meurtre de Rose Rouge, sœur de Blanche-Neige, et une révolution des plus inhumains des Fables menée par Boucle d’Or au sein de « la Ferme ».

Panini prend la suite pour enfin nous livrer 8 chapitres en un seul volume. Après une mise en bouche sur les talents d’arnaqueurs de Jack, descendu de son haricot magique pour copuler avec une riche jeune fille sudiste moribonde bientôt entourée de vaches, porc et poules zombies, puis une savante mais scabreuse manipulation destinée à calmer les ardeurs d’un journaliste trop curieux obsédé par les vampires, ce troisième tome nous convie à une superbe histoire d’amour bucolique en 4 parties nous présentant les joies du camping sous leur meilleur jour, tant que la rancune et un fusil à lunette ne s’en mêlent pas.

Difficile d’en dire plus sans vous gâcher le plaisir de la lecture. Le décalage est de rigueur, et, entre humour noir et véritable histoire d’amour forcément contrariée, les prestigieux protagonistes de cette série et les sombres péripéties qu’ils doivent surmonter sur fond de rivalité politique et de guerre de pouvoir sont des plus fascinants. Le tandem Bigby et Blanche-Neige est un couple à la Bonnie and Clyde des plus charismatiques et romantiques qu’il m’ait été donné de voir… le loup qui est en moi ne peut que s’émouvoir de tant de tendresse animale !

Les artistes associés à cette iconoclaste projet livrent, chacun dans leur style, de superbes planches classiques et élégantes qui ne répugnent cependant pas à faire couler l’hémoglobine, et renforcent encore le plaisir d’explorer ces contes pour adultes à la rencontre d’un peuple en exil en perte de repère. Notre triste monde a t’il perverti ces êtres féeriques ou n’ont-ils été de tout temps que le reflet édulcoré de nos perversions et mesquineries animales ? Cette romance est en tout cas une once d’espoir dans un monde de brute.

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31 mars 2008

WANTED : SENS DES VALEURS...

Dans les moments les plus aigus de ma mégalomanie, je ne dédaigne pas me frotter à des professionnels aguerris ou à Rob Liefield.

 

Voici donc le résultat de ma prétention de mars!

X_FORCE

Je vous livre un aperçu de la page originale dont j'ai exécuté la réinterprétation graphique...

X27



Heureusement, je n'ai pas été le seul à me pencher sur ce sujet! Il y avait aussi de vrais dessinateurs avec un vrai talent!

Régalez-vous!

Buzz Comics...



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18 mars 2008

MAUVAIS POIL…

Un Space Soap Opéra sur fond de pluie bizarre mais optionnelle…

 

-« Ta femelle, c’est du Bantha poudou ! ».

 

Palpatruc se dressa de toute sa hauteur et donna un violent coup de tête entre les secondes et troisièmes pattes de l’importun Sorzaki. L’absence totale de réaction de celui-ci lui fit se souvenir que ses gonades étaient bien cachées sous l’amas de colliers d’or qu’il portait sous sa deuxième mâchoire. L’Ewok ne dut son salut qu’à l’allergie à la fourrure du Sorzaki qui s’éloigna sur un dernier «casse-toi pauvre con !» méprisant.

 

 

Adossé au bar de ce glauque estaminet de Mos Eisley, Palpatruc sentit monter le désespoir et sa gorge se serrer, à moins que ce ne fut une boule de poil. Personne ne pourrait donc lui donner la moindre piste dans sa quête de l’absente ? La cérémonie nuptiale approchait, Palpatruc s’éloignait parsec après parsec des forêts d’Endor, et la désapprobation du Conseil des anciens pouvait le condamner au bannissement à vie ! Leur faire bénir ce que d’aucuns qualifieraient d’alliance contre-nature n’avait déjà pas été chose facile. Non, il ne devait pas renoncer à retrouver la géante imberbe qui avait su conquérir son cœur droit !

 

 

KRRRTTT'SS choisit ce moment pour faire son entrée dans le débit de boisson avec la ferme intention de dilapider consciencieusement les crédits galactiques durement acquis en balayant les ponts et coursives du "Gris Perle" dans les soutes duquel Palpatruc avait fait le voyage au hasard d’une étape du vaisseau marchand. De toute l’équipe d’entretien, KRRRTTT'SS était le seul à ne pas avoir pris en grippe l’innocent Palpatruc en pleine période de mue, ses poumons de 300 litres étant peu enclin à l’asthme. Il remarqua immédiatement l’air renfrogné de l’Ewok. Interrogé du regard, Palpatruc se décida à faire l’effort de s’adresser au Dénébien en mettant en application les rares leçons de M.Guing, professeur de phonétique intergalactique croisé sur Alderande mais si souvent absent que dévorer son cerveau aurait été pour certains le seul moyen d’en tirer un bénéfice quelconque. Le défilé de pintes de Demobar se fit au rythme du bruit de roulette dentaire de la langue des Dénébiens. Palpatruc réussit un moment à rester cohérent pour narrer dans le détail les péripéties de sa rencontre avec l’élue de son cœur au détour d’un fracassage en série de crânes d’Imperial Troopers.

 

 

Il se rappelait combien un bon grattage de nuque avait dissipé la crainte mêlée de curiosité de se trouver devant ce qui ressemblait à une femelle démesurée mais anorexique qui aurait perdu son pelage. Il fut cependant vite convaincu d’avoir rencontré une experte en matière de zones érogènes, suffisamment familière du peuple Ewok pour savoir que la nature, dans son infinie sagesse, les avait doté de gènes dominant assez forts pour compenser l’absence de femelles au sein de leur race. Sa nouvelle et tendre promise était même la cible de tant de dévotion de la part de son entourage et de ses alliés que sa nature princière ne faisait pas le moindre doute !

 

 

L’enthousiasme de Palpatruc au fur et à mesure qu’il dressait le portrait de sa belle n’empêchait pas KRRRTTT'SS d’établir un curieux parallèle avec une aristocrate roulure qui fricotait sans vergogne et indistinctement avec les contrebandiers, les Wookies et même, selon la légende, avec son propre frère ! Son goût de la luxure avait même poussé celle-ci dans les bras de PPJVVVZZZ'JJ, le frère de KRRRTTT'SS ! Cette liaison contre-nature avait coûté son mariage à son frère… Soucieux de ne pas froisser le jeune Ewok esseulé et armé, KRRRTTT'SS lui donna succinctement les coordonnées de son ex-belle-sœur, n’ayant pas celles de son frère mystérieusement disparu de la circulation.

 

 

Palpatruc n’était plus qu’à 500 mètres de Kioskajuli où résidait Mme Casimuir quand une rafale de blaster désintégra la corne droite de son crâne d’ornement préféré. Il couina quelques mots aussi pacifiques qu’inutiles en direction du bazar en tentant de garder le contrôle du freinage du Speeder. Descendu du véhicule avec la grâce d’une valise à l’astroport de Roua-si, il dodelina prudemment jusqu’à une tache orange qui se mouvait mollement à l’entrée de la boutique entre deux caisses de Moukraines à la glaviouse. Les effluves de gloubiboulga séché expliquèrent finalement l’avachissement de cette humanoïde orange dans un état second qui bavait lamentablement sur son blaster. En pleine possession de ses moyens, le crane touché aurait pu ne pas être celui d’ornement ! Mme Casimuir ouvrit péniblement un œil, presque contente de ne pas avoir affaire à un de la douzaine de jedi trépassés qui la hantaient quotidiennement et dont les conversations absconses n’étaient tenues à distance que par les limbes du gloubiboulga en excès. Trop enchantée de mettre sur les traces de l’adultère et malhonnête PPJVVVZZZ'JJ une boule de poil remontée et armée d’une hache et de dents aiguisés, elle ne tarda pas à dévoiler à Palpatruc les coordonnées spatiales du nid d’amour en orbite que l’infidèle s’était choisi pour roucouler à l’envie avec sa nouvelle conquête.

 

 

Avec la complicité de KRRRTTT'SS, Palapatruc se fit déposer par le « Gris Perle » à l’entrée du sas du Space Loft loué par PPJVVVZZZ'JJ sous un faux nom. Le cœur battant, l’intuition de toucher au but chevillée au corps, Palpatruc traversa les coursives en courant et s’immobilisa interdit au seuil de la salle centrale qui résonnait d’une mélodie lascive sur laquelle se déhanchait sa princesse simplement vêtue d’un Bikini de cuivre sculpté sous le regard concupiscent d’un Dénébien en peignoir de soie rouge ! «Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne » pensa Palpatruc ! Les regards du Dénébien et de Leia se tournèrent soudain vers lui. Bien loin de se sentir génée et sans la moindre culpabilité dans le regard, Leia se jeta avec envie sur le velu visiteur interloqué de sentir les mains de la demoiselle s’enfoncer avec gourmandise dans sa fourrure épaisse. Elle susurrait une étrange mélopée dont il ne saisit que quelques mots disant que « Moi à mon bisounours, je lui fait des bisous !…. ». La surprise fut à son comble quand la métamorphe redevint une petite fille de 9 ans qui semblait capable d’une étonnante maturité. Comprenant la méprise mais guère enclin à parcourir plus longtemps la galaxie en quête d’une improbable princesse rebelle, Palpatruc se dit finalement que les transformations de Momo pourrait peut être donner le change aux anciens si elle acceptait la cérémonie de la pluie fertile avec les 7 mâles dominants de la tribu…

 

 

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04 mars 2008

DANS LES YEUX DE MAMAIRE...

Ce mois, jamais cette rubrique "The gribouilli" n'avait aussi bien mérité son nom... mais bon, faut pas gaspiller, alors!

Emma Frost, the White Queen, directrice d'école, bad girl repentie ne m'inspirait pas plus que ça, mais un défi est un défi.

Je pense avoir saisie l'essence même de sa personnalité dans ce médiocre dessin...


EMMA2


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15 février 2008

BLING BLING...

La moiteur de la forêt Guyanaise avait déjà embrumé le cadran de sa Rolex. Enjambant à grand peine les racines des fromagers qui affleuraient sur le sol mousu, il marmonnait depuis des heures son irritation sur le temps perdu à arpenter ces contrées hostiles. S’il atteignait l'Oyapock, la frontière entre la Guyane et le Brésil, il trouverait un refuge amical dans la grande tradition de l’exil brésilien en vogue en Europe depuis les années 40.

Lutte contre la pollution, classement en parc naturel protégé, modification du code de procédure pénale contre l'orpaillage clandestin… « mon cul ! », pensait-il… il allait « leur envoyer les commandos et le GIGN dans la gueule, à ces bouseux défoncés aux rhum ! ». Le peu de contrôle qu’il exerçait sur ses nerfs était tout entier tourné vers la chaleur supplémentaire que produisait son irritation et, nonobstant les attaques répétées des moustiques, il se serait bien débarrassé du veston et de la cravate que sa jeune épouse avait choisi avec soin. Comment pouvait-il se retrouver seul et perdu dans ce paradis de la malaria quand il ne devait que superviser pour TF1 le déploiement de l’opération « Harpie » contre les voleurs d'or? Les orpailleurs lui faisaient de l’ombre. S’attaquer à l’or local, c’était s’attaquer au pays, et le pays, c’était lui ! Le pillage n’était pas dans ses habitudes, du moins pas à la place du pigeon…

Le Super-Frelon s’était écrasé peu de temps après son décollage de la piste de Camopi, un village amérindien frontalier du Brésil. Nicolas commençait tout juste à respirer au fur et à mesure qu’il s’envolait loin des plumes qui couronnaient les autorités locales. Ils avait survécu à la traversée en pirogue de la rivière, Camopi elle aussi, à la promiscuité pittoresque d’individus sommairement vêtus de pagnes rouges et chaussés de baskets bon marché qui n’avait pas joggé depuis des lustres. Le poulet boucané n’avait que faiblement perturbé son intestin aguerri aux sushi et œufs de poissons les plus divers et la chaleur étouffante alliée à l'humidité ambiante n’avait fait que lui rappeler les hammams et saunas des villas californiennes, les relents de moisi et de fumier en moins. Il lui tardait déjà de retrouver le confort et la sécurité familière du yacht amicalement prêté qui mouillait au large de la côte guyanaise. « Ca, c’est palace ! » se réjouissait-il… c’était sans compter les caprices du petit personnel ! Il se crut d’abord pris dans un trou d’air lorsqu’il entendit dans son casque le pilote hurler entre deux sanglots « Carla !!!!! Pourquoi tu m’as quitté ?!!! », avant de plonger l’appareil vers l’enfer vert ! En s’extrayant de la carcasse de l’hélicoptère, il savourait déjà la tête du Directeur des Renseignements Généraux qui pouvait d’ors et déjà numéroter ses abatis ! Confier les commandes de l’hélicoptère présidentiel à un ex quelconque de la première Dame n’étais certes pas un signe de compétence, même si en tenir la liste à jour pouvait relever de la gageure quelque soit le zèle que pouvait y mettre le service en charge du dossier. « Ah, ces fonctionnaires ! Ca n’arrivait pas avec le S.A.C de Charles… le privé, il n’y a que ça de vrai ! ».

La mélodie saccadée de Famas le tira de sa rêverie réconfortante. Des Uzis reprenaient le refrain. Les chœurs se rapprochaient pour des variations en rapport à l’hallali. Les commandos furtifs ne l’étaient plus et les orpailleurs étaient sur les dents jusqu’auxquelles ils étaient armés. Avec l’arc et les flèches amérindiennes offertes par le chef du village, Nicolas se sentit soudain plus nu qu’avec un pagne baillant au vent. Déshydraté, cuit par le soleil et paralysé par la peur, il cherchait à qui faire payer l’outrage de se retrouver tout nu et tout bronzé par 40° C alors qu’il avait cassé ses Ray-Ban ! Aucun ami dictateur de l’Est ou du Sud pour lui porter assistance, pas l’ombre d’un héros hollywoodo-scientologue pour mener à bien cette impossible mission : la Cité des 4.000 commençait à lui manquer. Il allait devoir défendre chèrement sa peau, peut être même au prix de sa Rolex, de sa chevalière et de sa chaînette en or.

Une rafale coupa en brosse la haie de lianes au dessus de sa tête. Il n’eut pas le temps de se jeter au sol de son plein gré, trop vite plaqué sur la mousse par 2 individus de type peu blanc sentant fort la sueur ancienne. Son accoutrement étonna suffisamment longtemps le troisième larron qui le mettait en joue pour que Nicolas eut la présence d’esprit de lui proposer : « Gagner plus, ça vous dirait ? ».


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03 février 2008

LE PARADIS DU GUERRIER...

Au détour d'une honnête transaction, un de mes acheteurs de comics s'est révélé être un jeune dessinateur talentueux répondant au doux sobriquet de Valhalla Warrior. Celui-ci a profité qu'il m'envoyait le paiement de quelques ouvrages que je lui cédait pour gracieusement y joindre un dessin dédicacé de sa main habile. Vous pouvez découvrir quelques échantillons de son talent sur son blog :

Dimension E


VALHALLA


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31 janvier 2008

SIC TRANSIT GLORIA MUNDI...

Pour ce mois de janvier, le thème de l'"Interdiction de fumer" s'imposait! En y ajoutant un personnage connu et un unviers magique, voilà ce que ça pouvait donner, même avec une inspiration en berne... bon, forcément, c'est mieux de savoir que Lockheed est un dragon de 50 cm de hauteur au garrot et bien connu des lecteur de comics Marvel!

**********************

La taverne résonnait du fracas des pintes entrechoquées qui célébraient la victoire. La loi entrée en vigueur plusieurs semaines auparavant venait de voir appréhendé son dernier opposant. Une traque savamment orchestrée avait finalement mis au ban de la société le héros d’autrefois désormais exhibé aux portes qui lui étaient interdites.

Venu de contrées lointaines et exotiques inconnues de la plupart, il avait été l’allié des soldats durant les dernières batailles, compagnons des nuits de terreur quand le jour à venir pouvait être le dernier. Sa seule présence galvanisait les troupes, chassait la fatigue et dissolvait la peur de la mort. Sous son influence, la bravoure et l’audace des guerriers étaient sans pareil au point de susciter l’envie des ennemis les plus acharnés, à leur tour terrorisés dès que montaient aux cieux la moindre fumée s’échappant des campements. Les contrées libérées l’avait accueilli avec enthousiasme, séduit par la désinvolte assurance qui se dégageait de sa fréquentation. Les érudits en avaient fait leur muse et nulle nuit n’étaient assez longues pour que les vers et préceptes qu’il leur inspirait succombent aux assauts du sommeil. L’argent s’amassait et les rangs des fidèles ne cessaient de se gonfler de fanatiques prêt à tout pour garder ses faveurs. On s’était arraché les miettes de son aura, et côtoyer ce symbole de la réussite se monnayait suffisamment cher pour faire la fortune de son entourage… et susciter les jalousies.

Son pouvoir devint un écran de fumée derrière lequel se cachait les lâchetés et la dépendance. Nulle victoire ne devenait possible sans lui et le besoin systématique d’en appeler à ses services fit au fil des mois du libérateur un esclavagiste malgré lui. Les volutes autrefois admirées sentirent soudain le souffre. Ses anciens amis l’accusaient des pires maux. On lui reprochait les morts volontaires aussi bien que les virilités en berne, les fertilités compromises comme les gouvernements à bout de souffle. Le culte de la liberté individuelle exigeait un sacrifice sur l’autel du « Mens sana in corpore sano ». Ce symbole de la liberté que les femmes s’étaient accaparé avec gourmandise pour marquer leur émancipation se vit bientôt isolé, banni et finalement couvert de chaînes : il préféra s’écraser dans le sable plutôt que d’abandonner aux grossiers appétits de soudards assermentés les cheveux et la peau de Kate contre lesquels il aimait à se lover.

Mieux valait régner sur le siècle qu’assurer un millénaire de paix. Fort de cette conviction, les sorciers avaient pris l’ascendant sur les magiciens au sein du Grand Conseil. Plus rapide, plus facile, plus séduisant était le chemin de la magie noire. Qu’importait qu’y soit dévorée leur âme. Il convenait cependant de s’assurer de la mise à l’écart des icônes du peuple. Les magiciens avait été privés de leurs vagabondages à travers les brumes du plan astral et toute source de fumée magique prohibée au sein des royaumes. Les sorciers se réservèrent le privilège exclusif des errances mystiques par combustion de plantes et des rites cabalistiques embrumés, condamnant les magiciens à une longue et insipide vie de mortels communs, les shamans au pilori, et les Bamfs aux explosives mines de charbons.

La terreur des Broods tremblait de rage. Lockheed enfonça un peu plus ses griffes dans le bois de l’infamant perchoir auquel il était attaché, trophée humilié et bâillonné. Fulminant contre ses ingrats geôliers, il s’agitait maintenant furieusement tel un forcené, la gorge brûlée par sa flamme prisonnière. Soudain, ses ailes se trouvèrent libérées ! L’espoir de retrouver Kitty et leur dimension d’origine revivait !

kitty_pryde01bassedef

Cette superbe illustration est de Laurent Sieurac dont vous pouvez retrouver les Œuvres aux éditions Soleil!

 

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