HALNAWULF : LE BLOG...

Sic transit gloria mundi

29 décembre 2007

CLEMENT...

  La nouvelle année qui s'annonce est porteuse de promesses! Halte à la sinistrose! Laissons nous emporter par l'euphorie la plus totale! Par exemple, que faire en pleine mer, avec une citation de Desproges, un ours en peluche et un positronneur nucléaire?

CLEMENT…

Loïc ramait furtivement, tentant d’éloigner le Zodiac du Black Pearl arraisonné par les autorités maritimes. Peu concerné par l’opération douanière d’envergure que ne manqueraient pas d’invalider 8 années de procédure judiciaire internationale, il préférait s’épargner la rigueur tatillonne des garde-côtes qui risquait de le maintenir plus que de raison dans une prison à la merci du choléra et de la dysenterie. Ses viscères étaient de toute façon déjà mis à rude épreuve par le mal de mer qui ne le quittait pas.

La fuite lui était pourtant familière. Une décennie plus tôt, il s’était rendu compte que « L'intelligence est le seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur ». Les avanies du quotidien et les aspirations du vulgaire lui semblait alors une gangue pour l’intellectuel qu’il s’appliquait à mettre en scène pour mieux faire taire l’animal qui était en lui. La frayeur née de ce constat le poussa à s’exiler et il partit se ressourcer en Afrique en aidant des enfants à accéder à l’essentiel : compter, lire, écrire, et connaître nos ancêtres les gaulois. Au-delà affleurait la conscience du malheur.

Lorsqu’il ne s’acharnait pas à réaliser son œuvre civilisatrice soigneusement expurgée, Loïc se rendait sur le port pour prendre livraison et trier les rogatons que l’Europe recyclait pour le prix d’une conscience apaisée. A l’approche de Noël, les jouets borgnes ou orphelins d’une partie de leurs roues et les vêtements chauds et élimés remplissaient les caisses des cargos. Pourtant peu physionomiste, Loïc avait reconnu Théodore sans l’ombre d’une hésitation malgré son poil défraichi, son museau écrasé et la mousse qui s’échappait de son bras droit. Sur l’étiquette jaunie, les initiales « LR » tracées il y avait 35 ans d’une main enfantine à coté de la mention « Made in China » valaient tous les tests ADN du monde. Entre ses mains, le nounours invoquait les spectres de l’enfance et de l’âge adulte qu’aucun positronneur nucléaire ne pourrait jamais chasser. Accrochée au ruban crasseux de Théodore, la breloque gravée du prénom de Clément né le 19/12/1997 ne faisait pourtant pas partie de sa panoplie habituelle. 

Loïc ne s’attendait pas à être rappelé à la civilisation par un ours en peluche qu’il n’avait pas vu depuis une éternité… une éternité de 10 ans… une éternité depuis qu’il avait cessé de boire les paroles de cette gourde à laquelle la soif d’amour l’avait un temps attaché et qui lui parlait d’avenir. 19 mars 1997… toujours cette obsession pour la précision, la fuite du temps et les zèbres. Ce prénom d’enfant né 9 mois après qu’il ait lâchement abandonné Théodore aux mains d’une fille dans un appartement parisien l’avait fort troublé au long des heures passées à fond de cale.

Sa tête résonnait encore des échos du sac de riz éventré qui l’avait traîtreusement cueilli alors qu’il était perdu dans ses pensées. Il était encore inconscient bien après la fermeture des soutes du cargo. Quand il reprit connaissance dans l’obscurité de la cale désormais close, Loïc tâtonna suffisamment longtemps dans le noir pour renverser le couvercle mal scellé d’une caisse de Uzis. Les premières lueurs qu’il vit furent celles des diamants qui en tapissaient le fond. Le capitaine transportait de quoi équiper et payer les mains des mercenaires qui maintiendraient en place à vie quelques dirigeants démocratiques autoproclamés. Loïc craignait que ces transactions rendent le maître à bord peu enclin aux constats d’accident et que son débarquement se fasse de façon sommaire et précipitée à plusieurs dizaines de miles de la côte. Le halo d’un projecteur et les éclats d’un porte-voix autoritaire le rassurèrent suffisamment longtemps pour qu’il réussisse à se glisser hors de la cale dans la confusion générale et à mettre à l’eau un Zodiac de secours.

Il est des traumatismes crâniens qui vous rendent Républicain et d’autres qui vous font oublier la peur de la mort. Le parcours singulier de l’individu et l’héritage laissé au monde peut adoucir l’inéluctabilité de l’issue collective. Animé de cette conviction, Loïc ramait désormais comme un possédé, espérant bientôt rencontrer un rivage où il pourrait poursuivre sa quête au sec. Loin de la mer et pleine de défiance, la paternité l’attendait de pied ferme. Le guano qui vint nonchalamment s’écraser sur la proue du Zodiac lui apporta le réconfort de savoir que la terre où devait nécessairement se poser la mouette diarrhéique était à portée de rame.


Posté par halnawulf à 18:59 - The prose - Commentaires [1] - Permalien [#]

25 décembre 2007

A BAS (RESILLE) LA MAGIE...

Un petit combat féministe pour Noël...

ZATANNA

Les retours font état d'une sensation de vide... je ne suis pas à l'abri de surcharger d'effets psychédéliques l'environnement de cette miss autoritaire!


Posté par halnawulf à 18:14 - The gribouilli - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 décembre 2007

UN PETIT CONTE DE NOEL...

TRI SELECTIF :
un huis-clos à Noël, avec un cachet d'aspirine, une chanson de Bourvil et des pétards.

Après 10.000 ans d’évolution, quelques milliards d’illuminés forcément méritants attendaient le Père-Noël. Dans le doute, des organismes de crédits à taux d’usuriers s’étaient fait un devoir de financer des tonnes de cadeaux vulgaires et inutiles. Un clochard surendetté commençait à geler pendant que les micro-ondes tournaient à plein régime dans les cuisines garnies des fruits de la trêve des confiseurs. Félix le contourna négligemment, pressé d’échapper à la persécution des néons blafards et à l’injonction d’amour et de paix aux hommes de bonne volonté.

Contrarié par l’idée qu’un vieil adipeux trainè par des rennes volants se faufile dans sa cheminée, Félix s’était réservé le droit de ne pas faire ramoner la sienne. Le corps de l’obèse couperosé sponsorisé par une marque de soda ne viendrait pas répandre son cholestérol dans son foie gras. Sa soupente était donc à température idéale pour le Sauternes quand Félix en franchit le seuil au bord de la crise cardiaque depuis déjà 4 étages.

2 heures plus tard, son cœur avait cessé de s’agiter alors même qu’il gardait précieusement son humeur morose chevillée au corps, langoureusement enlacée par une migraine persistante. Aucune gourmandise ne vint à son secours. Négligeant la dinde froide, le regard de Félix se perdit dans la contemplation des bulles joyeuses que produisait dans son verre à Moutarde une quelconque marque d’Acide Acétylsalicylique dont il oubliait toujours le nom. C’était tout le paradoxe des maladies de vieux : oublier le quotidien mais se rappeler jusqu’à revivre les drames vieux de 30 ans. Pas de roi Mage au chevet de son bébé... Balthazar avait du être reconduit à la frontière, que ce soit par Félix ou un de ses collègues. Même le SAMU était arrivé trop tard… Quand les gentilles idioties d’un fantaisiste Normand du siècle dernier échouèrent à le dérider, il se dit que cette heure était des plus propices aux taquineries d’usage du chien de son 6.35 de service qui lui faisait les yeux doux depuis quelques jours.

« Non je ne me souviens plus
du nom du bal perdu…»

Sa Mathilde n’allait de toute façon pas quitter le cadre de la photo ni sa concession pour entrainer son vieux cogne décati et perclus d’arthrite dans une java endiablée. Entre 2 larmes fugitives et un sanglot étranglé, Félix composa un dernier numéro sur le clavier de son téléphone. Déjà, les sirènes étaient suffisamment proches pour avoir une chance de sauver la viande pouvant être recyclée. Pour peu qu’il soit adroit, ce dernier sursaut d’altruisme et un rein de Félix ferait bien le bonheur d’un quidam halluciné convaincu que ce triste nid de cafards de 12.00 kilomètres de diamètre valait encore la peine que l’on tourne en rond dessus.

Une balle pas perdue pour tout le monde alla s’égarer dans le tumulte des pétards prévus à l’origine pour la victoire des Bleus à la dernière coupe du Monde de Rugby.


Posté par halnawulf à 13:14 - The prose - Commentaires [1] - Permalien [#]



« Accueil  1