27 octobre 2008
ZOMBI SOIT QUI MAL Y PENSE...
Le mois d'août vit s'imposer le thème des zombis aux moyen-âge. Il s'agissait donc de s'y plier... Zombi soit qui mal y pense..
La soif de sang de Gilles de Chin ne s'était pas étanchée des corps de
Sarrasins qu'il avait amoncelé au pied des murs de Jérusalem avec la
bénédiction de l'Église. La faim dévorait les entrailles de la masse
hirsute, grouillante, hagarde et puante qui attaquait le bastion de
fortune dans lequel s'était réfugié les derniers représentants de la
noble famille des Truchis de Varennes. Les cris inintelligibles de la
horde terrorisaient Blanche et Clément blottis au creux des bras du
vieux Duc. Le crépuscule avait sonné l'hallali de leurs espoirs de
fuite loin de leur château dévoré par les flammes, les contraignant à
se réfugier dans ce proche grenier à sel en laissant leurs chevaux être
réduits en lambeaux de chair par les ongles noirs des assaillants du
coche.
L'assaut des crèves-la faim sur le grenier à sel de Mons était une
douce promesse de libation pour Gilles. Dernier fidèle du Duc, il avait
repris les armes pour couvrir leur retraite. Oubliant les douleurs et
les outrages du temps, il tailladait et transperçait à tour de bras les
damnés de la terre qui se dressaient sur ses pas, mais les corps rompus
par une vie accablante de labeur, de douleur et d'injustice semblaient
à peine sentir la souffrance. Nourris des campagnes ravagées par la
famine, la peste et la guerre, les rangs des assaillants ne craignaient
nul massacre. Les efforts méritoires de Gilles n'entamaient guère leurs
forces vives et ne réussissaient pas à freiner leur progression.
L'ancien boucher de Palestine ne résisterait pas longtemps à la
voracité des errants affamés.
Le tumulte de la bataille résonnait contre la porte du grenier. A
l'intérieur, les adolescents et leur grand-père retenaient leur souffle
en écoutant les râles de Gilles qui, au fur et à mesure, devaient plus
à l'épuisement qu'à la rage du combat. Des bras innombrables
continuaient à se tendre vers lui, tentant de l'agripper pour
l'étouffer ou l'écorcher. L'espace autour de lui ne cessait de se
réduire et il craignait de perdre pied au milieu de cette vague
d'assaut putride et grognante. Une multitude de griffures
sanguinolentes striaient son visage et ses bras nus. La nuit finit de
tomber alors que Gilles menaçait de faire de même. La lueur de la
pleine lune l'enveloppa comme pour mettre en lumière la futile dignité
et l'inutile vaillance du probable vaincu. Le bruit du fer de l'épée
tombant sur la pierre du seuil glaça le sang de Guillaume de Truchis de
Varennes. Il poussa un cri de désespoir qui ne trouva comme écho que le
double hurlement bestial des gorges torturées de Blanche et Clément.
Déchirés par la clarté lunaire qui s'était immiscée par une meurtrière,
leurs corps se démembraient et croissaient, se couvrant d'une fourrure
d'où n'émergeaient plus que griffes et dents acérées. Sous les yeux de
Guillaume, ils traversèrent d'un seul bond la pièce et la robuste porte
de chêne qui les avait protégés des gueux ivres de revanche. Bave et
sang aux lèvres, ces derniers restèrent un moment encore plus ahuris
que de coutume. Les loups se jetèrent au cœur de la bataille toutes
dents dehors, arrachant, broyant, déchiquetant les membres passant à
leur portée, refoulant le dégout qui leur tordait l'estomac au goût de
ces chairs puantes. Le premier assaut dispersa les rangs des attaquants
qui tentaient de se regrouper, remis de leur surprise et sûrs de leur
suprématie numéraire. Les canidés firent volte-face et se jetèrent à la
gorge des premiers à montrer quelques velléités de revanche, la
puissance des mâchoires décapitant les plus téméraires.
A demi-assommé sous les débris de la porte qu'il avait gardé jusqu'à la
limite de ses forces, Gilles luttait pour reprendre ses esprits et
tendit la main vers son épée. A travers les voiles de l'inconscience
qu'il tachait de chasser, il entrevit les bêtes féroces qui ravageaient
la troupe décharnée des agresseurs. Une masse grise atterrit soudain
devant ses yeux exorbités par la peur, son esprit brutalement réveillé
pour mieux prendre conscience de l'imminence de son trépas. Les yeux
fiévreux de l'animal le fixèrent un instant, ignorant la gorge sans
protection qui s'offrait à portée de crocs, puis se détournèrent vers
les semblants d'humains qui ne renonçaient pas à la mise à mort. Le
loup gris bondit de nouveau pour poursuivre son œuvre d'égorgeur. Se
sentant pour le moment épargné, Gilles pris appui sur son épée et se
redressa. Brandissant son arme tranchante, il reprit le combat, hurlant
tel un possédé, plus soucieux de découper les corps que de montrer sa
science de l'escrime.
Le tumulte était à son comble mais les cris avaient changés de nature.
Le Duc Guillaume qui était resté en retrait s'approcha prudemment de la
porte ouverte que nulle créature hostile n'avait encore franchie. Une
scène d'apocalypse s'offrit à sa vue incrédule : enfoncé jusqu'aux
genoux dans une boue de sang et de cadavres piétinés, un chevalier
écumant de rage s'acharnait sur des corps démembrés et rampants ; une
bête féroce à la fourrure grise arrachait les gorges et les têtes de
paysans sanguinolents pris de folie meurtrière ; un autre loup au
pelage blanc souillé de sang crachait les viscères fumants et
pestilentiels qui ornaient ses crocs. L'animal ne vit pas le pieu
grossier que brandissait derrière lui un gueux à demi éventré. Le Duc
n'eut que le temps de faire barrage de son corps entre la lance de
fortune et le flan de la créature qui avait été sa petite-fille. L'épée
de Gilles arriva trop tard mais l'assassin ne garda pas suffisamment
longtemps sa tête pour pouvoir se réjouir. Quand elle roula sur le sol,
ses derniers acolytes claudiquèrent vers la forêt.
Gilles tomba à genou près du Duc agonisant. Il le prit dans ses bras et
sentit son dernier souffle s'envoler vers les étoiles. Épuisé et écœuré
au terme d'une heure de massacre et de clameurs, Gilles ne réagit même
pas quand il vit s'approcher les jeunes loups et se laissa complètement
glisser au sol. Ils reniflèrent le corps sans vie de Guillaume et ne
poussèrent que des gémissements plaintifs. Ils reniflèrent ensuite la
main de Gilles qui ne put s'empêcher de la tendre doucement vers le
loup blanc. La jeune louve prit délicatement le poignet du guerrier
harassé dans sa gueule et, sans quitter des yeux le regard de Gilles,
renforça peu à peu la force de sa prise. Il sentit sans réagir les
crocs pénétrer sa chair, son sang couler doucement et sa vie s'échapper
peu à peu ; il se laissa glisser vers le néant. Blanche relâcha sa
prise et les loups se blottirent contre Gilles de Chin, attendant le
réveil du nouveau chef de leur meute dont l'expérience guerrière et une
vigueur nouvelle conduiraient bientôt leur quête vengeresse. Les hordes
errantes et affamées ne savaient pas encore quels terribles ennemis
étaient dorénavant sur leurs traces.
Commentaires
Hoouuu......
Tiens il y a avait bien longtemps que tu nous avais pas parlé de ces petites bêtes à poils doux...et à grandes dents !
@ peluche
