03 février 2008
LE PARADIS DU GUERRIER...
Au détour d'une honnête transaction, un de mes acheteurs de comics s'est révélé être un jeune dessinateur talentueux répondant au doux sobriquet de Valhalla Warrior. Celui-ci a profité qu'il m'envoyait le paiement de quelques ouvrages que je lui cédait pour gracieusement y joindre un dessin dédicacé de sa main habile. Vous pouvez découvrir quelques échantillons de son talent sur son blog :
31 janvier 2008
SIC TRANSIT GLORIA MUNDI...
Pour ce mois de janvier, le thème de l'"Interdiction de fumer" s'imposait! En y ajoutant un personnage connu et un unviers magique, voilà ce que ça pouvait donner, même avec une inspiration en berne... bon, forcément, c'est mieux de savoir que Lockheed est un dragon de 50 cm de hauteur au garrot et bien connu des lecteur de comics Marvel!
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La taverne résonnait du fracas des pintes entrechoquées qui célébraient la victoire. La loi entrée en vigueur plusieurs semaines auparavant venait de voir appréhendé son dernier opposant. Une traque savamment orchestrée avait finalement mis au ban de la société le héros d’autrefois désormais exhibé aux portes qui lui étaient interdites.
Venu de contrées lointaines et
exotiques inconnues de la plupart, il avait été l’allié des soldats durant les
dernières batailles, compagnons des nuits de terreur quand le jour à venir
pouvait être le dernier. Sa seule présence galvanisait les troupes, chassait la
fatigue et dissolvait la peur de la mort. Sous son influence, la bravoure et
l’audace des guerriers étaient sans pareil au point de susciter l’envie des
ennemis les plus acharnés, à leur tour terrorisés dès que montaient aux cieux
la moindre fumée s’échappant des campements. Les contrées libérées l’avait
accueilli avec enthousiasme, séduit par la désinvolte assurance qui se
dégageait de sa fréquentation. Les érudits en avaient fait leur muse et nulle
nuit n’étaient assez longues pour que les vers et préceptes qu’il leur
inspirait succombent aux assauts du sommeil. L’argent s’amassait et les rangs
des fidèles ne cessaient de se gonfler de fanatiques prêt à tout pour garder
ses faveurs. On s’était arraché les miettes de son aura, et côtoyer ce symbole
de la réussite se monnayait suffisamment cher pour faire la fortune de son
entourage… et susciter les jalousies.
Son pouvoir devint un écran de fumée derrière lequel se cachait les
lâchetés et la dépendance. Nulle victoire ne devenait possible sans lui et le
besoin systématique d’en appeler à ses services fit au fil des mois du
libérateur un esclavagiste malgré lui. Les volutes autrefois admirées sentirent
soudain le souffre. Ses anciens amis l’accusaient des pires maux. On lui
reprochait les morts volontaires aussi bien que les virilités en berne, les
fertilités compromises comme les gouvernements à bout de souffle. Le culte de
la liberté individuelle exigeait un sacrifice sur l’autel du « Mens sana
in corpore sano ». Ce symbole de la liberté que les femmes s’étaient
accaparé avec gourmandise pour marquer leur émancipation se vit bientôt isolé,
banni et finalement couvert de chaînes : il préféra s’écraser dans le
sable plutôt que d’abandonner aux grossiers appétits de soudards assermentés
les cheveux et la peau de Kate contre lesquels il aimait à se lover.
Mieux valait
régner sur le siècle qu’assurer un millénaire de paix. Fort de cette
conviction, les sorciers avaient pris l’ascendant sur les magiciens au sein du
Grand Conseil. Plus rapide, plus facile, plus séduisant était le chemin de la
magie noire. Qu’importait qu’y soit dévorée leur âme. Il convenait cependant de
s’assurer de la mise à l’écart des icônes du peuple. Les magiciens avait été privés de leurs vagabondages à
travers les brumes du plan astral et toute source de fumée magique
prohibée au sein des royaumes. Les sorciers se réservèrent le privilège
exclusif des errances mystiques par combustion de plantes et des rites
cabalistiques embrumés, condamnant les magiciens à une longue et insipide vie
de mortels communs, les shamans au pilori, et les Bamfs aux explosives mines de
charbons.
La terreur des
Broods tremblait de rage. Lockheed enfonça un peu plus ses griffes dans le bois
de l’infamant perchoir auquel il était attaché, trophée humilié et bâillonné.
Fulminant contre ses ingrats geôliers, il s’agitait maintenant furieusement tel
un forcené, la gorge brûlée par sa flamme prisonnière. Soudain, ses ailes se
trouvèrent libérées ! L’espoir de retrouver Kitty et leur dimension
d’origine revivait !
Cette superbe illustration est de Laurent Sieurac dont vous pouvez retrouver les Œuvres aux éditions Soleil!
30 janvier 2008
UN BON SIDEKICK EST UN SIDEKICK MORT...
Toujours dans la série des défis à relever avec plus ou moins d'inspiration... ce mois-ci : Harley Quinn!
10 janvier 2008
OCCIS SOIT QUI MAL Y PENSE...
Il y a une petite décennie, j'ai commis cette atrocité à épargner aux âmes sensibles... Bonne année 2008 à tous!
OCCIS SOIT QUI MAL Y PENSE...
Les grilles grincèrent sur leurs gonds, garantissant aux gamins de graves gadins sur les graviers des grandes allées garnies de géraniums et autres plantes grasses. Le jardin jalonné d'un genre de gendarme jubilait de ce jaillissement de jeunesse dérangeante. De vieilles évanescentes voulant vagabonder à l'envie dans les espaces verts sans l'épreuve du voisinage de ces juvéniles vivacités envoyaient leurs valets vociférer vers ces viviers de voyous. Terrassée par le tumulte, toute la troupe des pandores pédalait en haletant aux trousses des terribles taquins. Les marmots railleurs riaient avec outrance de voir enrager les radoteuses arides et ridées. Ils s'effrayèrent cependant de l'approche de Bernard.
Vociférant vers les viviers de voyous qui dévalaient les vertes vallées de leurs westerns urbains, Bernard eut soudain l'oreille attirée par les cris de douleur de cordes de guitare que l'on pinçait sans ménagement. Suivant les plaintes nauséeuses de l'instrument torturé‚ Bernard arriva à proximité de la pelouse ouest, celle au milieu de laquelle traînait un cyprès centenaire, reliquat d'un ancien royaume sylvestre, quand les archipels de verdure étaient autre chose que des structures alibis pour société post-industrielle dioxyde-de-carbonisée. Quelques fantômes d'humanité traînaient leurs guenilles anachroniques sur l'herbe officielle, écrasant leurs mégots de verdure illicite dans les parterres réglementaires et massacrant quelques partitions morte nées pour rebelle post-pubère en rupture de carte bleue. Cette présence incongrue dépassait de beaucoup les routinières nuisances des gamins insolents et des grabataires autoritaires qui habitaient le quotidien de Bernard. Signalant sa présence d'un coup de sifflet irrité, il enjoignit les vandales éthérées de quitter le jardin public sur le champ. Les tristes zombies rampèrent vers les grilles sans même se fatiguer à maugréer, ne serait-ce que pour la forme. Les contestations étaient restées d'un autre temps. Il tardait à Bernard que la journée prenne fin. Garder le contrôle. Reprendre son souffle. Ne pas laisser monter la colère, cette émotion négative qui l'avait déjà privé de sa femme.
Les longues allées calmaient sa nervosité. Il lui tardait de regagner ses pénates solitaires, le calme et l'ordre de sa maison de garde-barrière avec son petit jardin transformé en serre, la présence olfactive de ses orchidées dominant l'agrégat floral qui l'enveloppait de chaleur réconfortante. Les derniers badauds quittaient le parc. Bernard attaqua donc son dernier tour de garde qui le conduirait jusqu'au grille qu’il avait devoir de fermer. Il faisait l'état des lieux après une journée d'occupation des jardins par les barbares anonymes. Les mégots de cigarettes et les papiers de bonbons flottaient dans le bassin des poissons rouges, les hortensias gisaient, écrasées par les ballons rebelles, les rosiers décapités par d'indélicats romantiques pleuraient de honte de s'exhiber ainsi décharnées, les marguerites effeuillées par d'indignes Roméo s'entassaient tels des charniers de corps démembrés. Les relents d'urine témoignaient des prostates fatiguées qui s'abandonnaient dans les bosquets les plus à l'écart... et les pelouses piétinées, les arbres meurtris d'initiales oubliables, le grand cyprès outrageusement fardé des sacs plastiques oubliés et des cahiers d'écoliers que l'on ampute des pages les plus médiocres... et cette masse comateuse qui était restée avachie sur la pelouse prés du cyprès bien qu'on l'en ai chassé, les pieds meurtriers écrasant les plates-bandes encore inachevées par le râteau oublié du jardinier impatient!
Bernard fut sur lui, le cœur soulevé de rage, les yeux gonflés de sang sur son visage exsangue. Un violent coup de pied dans les cotes du dormeur coupa le souffle régulier du ronflement repus. Sursautant, haletant de douleur, l'esprit encore embrumé, la larve anémique se noyait dans un flot d'injures indistinctes et de lumières qui dansaient comme des flammes devant ses yeux. Il balaya d'un revers l'espace environnant pour chasser les flammèches hostiles. Son bras heurta la jambe de Bernard qui perdit l'équilibre. Celui-ci saisit dans sa chute le râteau abandonné et s'y arc-bouta. Retrouvant sa stabilité, il brandit l'outil aux dents acérées et l'abattit sur l'hostile tas d'humanité qui parasitait ses paysages intimes. Un craquement sinistre rompit le sortilège de démence.
Une nouvelle fontaine venait de naître dans le jardin public. Bernard voyait la terre se repaître du sang de la victime. Saisissant par les bras la masse inanimé, il la traîna dans la densité du fourré le plus proche. Le parc était vide de témoin. S'étant assuré que le corps était invisible, il se rendit à l'entrée du jardin public pour priver les curieux de tout accès, puis regagna les locaux municipaux qui abritaient le vestiaire et les ateliers des employés à l'entretien et à la surveillance du parc. Il troqua son uniforme de toile verte pour un costume de même couleur et s'assit dans le vestiaire désert en attendant la tombée de la nuit et la venue de sa complice.
La nuit et la lune favorisant sa tache, Bernard se mit en peine et, bêche sur l'épaule, retourna prés du bosquet qui conservait précieusement son secret. Creusant le parterre de fleur balbutiant, il se fit un devoir d'installer le plus confortablement possible l'engrais en devenir dont il avait hâté le destin, presque à titre de réparation du préjudice subi par les parterres malmenés. Il Recouvrit de terre le pénitent, puis planta sur l'improbable tombe un embryonnaire tapis d'Ancolies, de Gentianes et de lavandes. Le jardinier n'accuserait même pas Bernard de piétiner ses plates-bandes, connaissant sa passion de la flore et ses conseils en la matière ayant parfois étés sollicités par le gardien du jardin public. Il serait d'ailleurs bien trop content de cette aide imprévue qui lui permettrait encore de partir plus tôt le lendemain cultiver son jardin secret. Il s'était d'ailleurs toujours montré satisfait des créations de Bernard qui n'en était pas à son coup d'essai. Les massifs de Myosotis qui entouraient le Cyprès de la pelouse ouest étaient son œuvre, sa toute première œuvre. Depuis son arrivée parmi les membres du personnel du jardin public municipal, Bernard avait toujours tenté de troquer sa défroque de gardien contre celle de jardinier. L'ancien directeur s'y était opposé jusqu'à son départ en retraite, laissant même consigne à son successeur de faire obstacle à tout changement. Une rivalité amoureuse était à l'origine de cette rancune. La femme de Bernard avait un temps été courtisée par l'ancien directeur mais s'était finalement tourné vers son amoureux des plantes: Bernard. Peut être avait-elle fini par s'en mordre les doigts puisqu'elle était partie un jour sans jamais donner de nouvelles. Certaines mauvaises langues lui attribuaient une fugue amoureuse sur les traces de son ancien soupirant, parti vivre sa retraite en de lointaines contrées sans plus se manifester. Bernard compensait depuis ses frustrations de jardinier au soleil couchant, et la lune favorisait souvent la croissance des Anémones et des Eglantines plantées par le gardien, les jardiniers s'accordant à lui trouver une réussite certaine en terme de croissance florale. Sans aucun doute, Bernard avait la main verte et le secret des engrais les plus efficaces! Satisfait d'avoir de nouveau fait naître l'ordre du chaos, Bernard rentra chez lui retrouver la chaleur de son foyer désert‚ où il cultivait ses Hortensias et le souvenir de l'aimée.
La grille grinçât sur ses gonds. Les mêmes gamins s'engouffrèrent dans les allées, bousculant les vieillards insomniaques du quartier qui depuis l'aube guettaient de leurs fenêtres l'ouverture de l'îlot où ils venaient s'échouer chaque jour sur le même banc, égrenant leurs dernières heures au grés de l'appétit des pigeons familiers. Bernard tenait la grille ouverte, fermant les yeux comme pour oublier l'invasion de son Eden. Quand les échos furent dispersés aux quatre coins du jardin, il balaya du regard le territoire qu'il avait devoir de protéger des débordements des étrangers de passage, totalement ignorant des usages en vigueur parmi la population sédentaire du jardin public. Il entama le périple rituel attaché à sa fonction par la visite au nouveau venu de la pelouse ouest.
Négligeant la pelouse sud qu'aucune âme n'était encore venue habiter, Bernard s'assura d'abord que la marmaille extatique se cantonnait encore dans les bacs à sable et sur les balançoires, les ballons destructeurs ne heurtant pour l'instant que les têtes pleines d'air de leurs inconséquents propriétaires. Le vent dans les branches du cyprès accueillait Bernard d'un salut plein de la discrétion dont avait toujours fait preuve Hortense. La négligence avec laquelle elle avait traité les plantes et les fleurs qui envahissaient le logement conjugal n'était plus qu'un mauvais souvenir. La colère de Bernard avait mis bon ordre à cet état de fait, Hortense étant maintenant tournée de tout son être vers la croissance et l'épanouissement des Myosotis auxquels Bernard avait finalement consacré sa femme. Il comptait maintenant sur l'influence maternelle d'Hortense pour que la contingence humanoïde qui lui tiendrait désormais compagnie assume pleinement le sens qu'il avait trouvé à sa vie. Dans le cycle de la vie, il nourrissait maintenant les plantes dont il s'était sustenté pendant des années.
Bernard poursuivit son pèlerinage vers la pelouse au nord du jardin, passant prés du bassin central occupé par les poissons rouges silencieux et disciplinés, sans accorder ne serait-ce qu'un regard de mépris aux décatis égoïstes s'accrochant désespérément à des chairs qui ne vaudraient bientôt plus leur poids en énergie vitale. La pelouse au nord du parc était le théâtre des expériences botaniques les plus décevantes parmi celles que menait Bernard. Il n'avait jamais pu obtenir la collaboration de son ancien directeur et néanmoins rival. Celui-ci avait toujours été reconnu pour sa sécheresse de cœur qui paraissait avoir contaminé l'intégralité de sa personne physique. Bernard avait pourtant innové‚ en tentant d'intégrer à la flore locale des plants de Basilic, de Buglosse, de Houblon et même de Ciguë, mais ces spécimens pourtant de caractères funestes n'avaient pas résisté à la mauvaise herbe mêlée à l'engrais ingrat.
Perdu dans ses pensées, occupé à imaginer un nouveau projet d'implantation florale plus vivace, Bernard arriva à l'ombre des bosquets de la pelouse est, elle aussi orpheline de la moindre parcelle d'âme. De plantation en plantation, sa déception s'était faite plus cruelle, la qualité des engrais ne garantissant pas toujours la magnificence des fleurs en butte à bien d'autres prédateurs. Son humeur morose quotidienne se mua pour le reste de la journée en bile de sénile acariâtre. Sa face de triste sire découragea même toute déprédation. Les marmots chamailleurs allait veiller à se tenir soigneusement à l'écart des précieuses compositions florales du gardien croquemitaine, tachant de rester dans les limites de leur terrain de football improvisé.
La journée arrivait à son terme. Prostré dans sa mélancolie, Bernard ne vit pas tomber du soleil le ballon dont la gravité faisait un projectile d'importance. L'impact du cuir gonflé à l'extrême sur la peau vieillissante du gardien du jardin public jeta celui-ci à terre, inconscient. Bernard reprit connaissance brutalement, ses yeux exorbités luttant contre le brouillard qui envahissait sa vision. Un bruissement dans la profondeur des bosquets attira son attention. Exalté, il se lança à quatre pattes dans l'exploration des fourrés acérés. Un courant d'air coloré tenta de lui échapper. Bondissant à travers les épines qui s'enfonçaient dans son épiderme déjà durement brûlée par le choc, il saisit le gamin à bras le corps, l'écrasant de tout son poids, le bras passé autour de sa tête empêchant celui-ci de crier sa terreur. Bernard rêvait déjà du parterre de Pivoines sur vitaminées qui ornerait bientôt la pelouse à l'est de son paradis intime.
29 décembre 2007
CLEMENT...
La nouvelle année qui s'annonce est porteuse de promesses! Halte à la sinistrose! Laissons nous emporter par l'euphorie la plus totale! Par exemple, que faire en pleine mer, avec une citation de Desproges, un ours en peluche et un positronneur nucléaire?
CLEMENT…
Loïc ramait furtivement, tentant d’éloigner
le Zodiac du Black Pearl arraisonné par les autorités maritimes. Peu concerné
par l’opération douanière d’envergure que ne manqueraient pas d’invalider 8
années de procédure judiciaire internationale, il préférait s’épargner la
rigueur tatillonne des garde-côtes qui risquait de le maintenir plus que de
raison dans une prison à la merci du choléra et de la dysenterie. Ses viscères
étaient de toute façon déjà mis à rude épreuve par le mal de mer qui ne le
quittait pas.
La fuite lui était pourtant familière. Une
décennie plus tôt, il s’était rendu compte que « L'intelligence est le
seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur ». Les avanies du quotidien et les
aspirations du vulgaire lui semblait alors une gangue pour l’intellectuel qu’il
s’appliquait à mettre en scène pour mieux faire taire l’animal qui était en
lui. La frayeur née de ce constat le
poussa à s’exiler et il partit se ressourcer en Afrique en aidant des
enfants à accéder à l’essentiel : compter, lire, écrire, et connaître nos
ancêtres les gaulois. Au-delà affleurait la conscience du malheur.
Lorsqu’il ne s’acharnait pas à réaliser son
œuvre civilisatrice soigneusement expurgée, Loïc se rendait sur le port pour
prendre livraison et trier les rogatons que l’Europe recyclait pour le prix
d’une conscience apaisée. A l’approche de Noël, les jouets borgnes ou orphelins d’une partie de leurs roues et
les vêtements chauds et élimés remplissaient les caisses des cargos. Pourtant
peu physionomiste, Loïc avait reconnu Théodore sans l’ombre d’une hésitation
malgré son poil défraichi, son museau écrasé et la mousse qui s’échappait de son
bras droit. Sur l’étiquette jaunie, les initiales « LR » tracées il y
avait 35 ans d’une main enfantine à coté de la mention « Made in
China » valaient tous les tests ADN du monde. Entre ses mains, le nounours
invoquait les spectres de l’enfance et de l’âge adulte qu’aucun positronneur
nucléaire ne pourrait jamais chasser. Accrochée au ruban crasseux de Théodore,
la breloque gravée du prénom de Clément né le 19/12/1997 ne faisait pourtant
pas partie de sa panoplie habituelle.
Loïc ne s’attendait pas à être rappelé à la
civilisation par un ours en peluche qu’il n’avait pas vu depuis une éternité…
une éternité de 10 ans… une éternité
depuis qu’il avait cessé de boire les paroles de cette gourde à laquelle la
soif d’amour l’avait un temps attaché et qui lui parlait d’avenir. 19 mars
1997… toujours cette obsession pour la précision, la fuite du temps et les
zèbres. Ce prénom d’enfant né 9 mois après qu’il ait lâchement abandonné
Théodore aux mains d’une fille dans un appartement parisien l’avait fort troublé
au long des heures passées à fond de cale.
Sa tête résonnait encore des échos du sac
de riz éventré qui l’avait traîtreusement cueilli alors qu’il était perdu dans
ses pensées. Il était encore inconscient bien après la fermeture des soutes du
cargo. Quand il reprit connaissance dans l’obscurité de la cale désormais
close, Loïc tâtonna suffisamment longtemps dans le noir pour renverser le
couvercle mal scellé d’une caisse de Uzis. Les premières lueurs qu’il vit
furent celles des diamants qui en tapissaient le fond. Le capitaine
transportait de quoi équiper et payer les mains des mercenaires qui
maintiendraient en place à vie quelques dirigeants démocratiques autoproclamés. Loïc craignait que ces
transactions rendent le maître à bord peu enclin aux constats d’accident et que
son débarquement se fasse de façon sommaire et précipitée à plusieurs dizaines
de miles de la côte. Le halo d’un projecteur et les éclats d’un porte-voix
autoritaire le rassurèrent suffisamment longtemps pour qu’il réussisse à se glisser
hors de la cale dans la confusion générale et à mettre à l’eau un Zodiac de
secours.
Il est des traumatismes crâniens qui vous rendent Républicain et d’autres qui vous font oublier la peur de la mort. Le parcours singulier de l’individu et l’héritage laissé au monde peut adoucir l’inéluctabilité de l’issue collective. Animé de cette conviction, Loïc ramait désormais comme un possédé, espérant bientôt rencontrer un rivage où il pourrait poursuivre sa quête au sec. Loin de la mer et pleine de défiance, la paternité l’attendait de pied ferme. Le guano qui vint nonchalamment s’écraser sur la proue du Zodiac lui apporta le réconfort de savoir que la terre où devait nécessairement se poser la mouette diarrhéique était à portée de rame.
25 décembre 2007
A BAS (RESILLE) LA MAGIE...
Un petit combat féministe pour Noël...
Les retours font état d'une sensation de vide... je ne suis pas à l'abri de surcharger d'effets psychédéliques l'environnement de cette miss autoritaire!
17 décembre 2007
UN PETIT CONTE DE NOEL...
TRI SELECTIF :
un huis-clos à Noël, avec un cachet d'aspirine, une chanson de Bourvil et des pétards.
Après 10.000 ans d’évolution, quelques milliards d’illuminés forcément méritants attendaient le Père-Noël. Dans le doute, des organismes de crédits à taux d’usuriers s’étaient fait un devoir de financer des tonnes de cadeaux vulgaires et inutiles. Un clochard surendetté commençait à geler pendant que les micro-ondes tournaient à plein régime dans les cuisines garnies des fruits de la trêve des confiseurs. Félix le contourna négligemment, pressé d’échapper à la persécution des néons blafards et à l’injonction d’amour et de paix aux hommes de bonne volonté.
Contrarié par l’idée qu’un vieil adipeux trainè par des rennes volants se faufile dans sa cheminée, Félix s’était réservé le droit de ne pas faire ramoner la sienne. Le corps de l’obèse couperosé sponsorisé par une marque de soda ne viendrait pas répandre son cholestérol dans son foie gras. Sa soupente était donc à température idéale pour le Sauternes quand Félix en franchit le seuil au bord de la crise cardiaque depuis déjà 4 étages.
2 heures plus tard, son cœur avait cessé de s’agiter alors même qu’il gardait précieusement son humeur morose chevillée au corps, langoureusement enlacée par une migraine persistante. Aucune gourmandise ne vint à son secours. Négligeant la dinde froide, le regard de Félix se perdit dans la contemplation des bulles joyeuses que produisait dans son verre à Moutarde une quelconque marque d’Acide Acétylsalicylique dont il oubliait toujours le nom. C’était tout le paradoxe des maladies de vieux : oublier le quotidien mais se rappeler jusqu’à revivre les drames vieux de 30 ans. Pas de roi Mage au chevet de son bébé... Balthazar avait du être reconduit à la frontière, que ce soit par Félix ou un de ses collègues. Même le SAMU était arrivé trop tard… Quand les gentilles idioties d’un fantaisiste Normand du siècle dernier échouèrent à le dérider, il se dit que cette heure était des plus propices aux taquineries d’usage du chien de son 6.35 de service qui lui faisait les yeux doux depuis quelques jours.
« Non je ne me souviens plus
du nom du bal perdu…»
Sa Mathilde n’allait de toute façon pas quitter le cadre de la photo ni sa concession pour entrainer son vieux cogne décati et perclus d’arthrite dans une java endiablée. Entre 2 larmes fugitives et un sanglot étranglé, Félix composa un dernier numéro sur le clavier de son téléphone. Déjà, les sirènes étaient suffisamment proches pour avoir une chance de sauver la viande pouvant être recyclée. Pour peu qu’il soit adroit, ce dernier sursaut d’altruisme et un rein de Félix ferait bien le bonheur d’un quidam halluciné convaincu que ce triste nid de cafards de 12.00 kilomètres de diamètre valait encore la peine que l’on tourne en rond dessus.
Une balle pas perdue pour tout le monde alla s’égarer dans le tumulte des pétards prévus à l’origine pour la victoire des Bleus à la dernière coupe du Monde de Rugby.
14 novembre 2007
FATALE...
On sous-entend que je ne suis pas assidu à la satisfaction de mes fans... La vie d'artiste nécessite des sacrifices, mais le résultat en vaut la chandelle, non?
Non? Ah ben tant pis, alors...
13 novembre 2007
LA VENUE DU ROYAUME?
En Novembre, le talentueux Bill Mitchell a lancé un exercice de réinterprétation graphique portant sur l'incontournable "Kingdom Come" d'Alex Ross.
N'étant pas à une rodomontade prés, je me suis follement attribué la planche 13 dont j'ai donné ma très personnelle version!
Je livre à votre vindicte le fade travail du triste Alex Ross sur la planche originale :
25 octobre 2007
JE VEUX RESTER DANS LE NOIR...
J'aime bien cette ambiance, en fait....








