03 avril 2008
A DORMIR DEBOUT...
Bill Willingham au scénario et Mark Buckingham, aidé par Bryan Talbot, Ian Médina, Linda Medley font mentir la formule consacrée selon laquelle « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
Depuis que le royaumes des Fables est tombé aux mains d'un mystérieux "Adversaire",
les survivants ont trouvé refuge dans notre monde, se mêlant aux
humains pour ceux qui en avaient l’apparence ou se cantonnant à « la
Ferme » pour les non-anthropomorphes.
Bienvenue au royaume de Fables ! Arnaques, crises de couple, divorces
sordides, obsessions sexuelles, meurtres divers et en série ,
zoophilie, chantage, corruption politique, prostitution y ont pour
acteurs le Grand Méchant Loup, Blanche-Neige, les 3 petits cochons, le
Prince Charmant, la Belle et la Bête, Barbe Bleu, Pinocchio et tous les
être fabuleux qui ont illuminé notre enfance !
Les volumes 1 et 2 parus chez Semic nous présentaient l’enquête de
Bigby (Big B… ad Wulf) sur le supposé meurtre de Rose Rouge, sœur de
Blanche-Neige, et une révolution des plus inhumains des Fables menée
par Boucle d’Or au sein de « la Ferme ».
Panini prend la suite pour enfin nous livrer 8 chapitres en un seul
volume. Après une mise en bouche sur les talents d’arnaqueurs de Jack,
descendu de son haricot magique pour copuler avec une riche jeune fille
sudiste moribonde bientôt entourée de vaches, porc et poules zombies,
puis une savante mais scabreuse manipulation destinée à calmer les
ardeurs d’un journaliste trop curieux obsédé par les vampires, ce
troisième tome nous convie à une superbe histoire d’amour bucolique en
4 parties nous présentant les joies du camping sous leur meilleur jour,
tant que la rancune et un fusil à lunette ne s’en mêlent pas.
Difficile d’en dire plus sans vous gâcher le plaisir de la lecture. Le
décalage est de rigueur, et, entre humour noir et véritable histoire
d’amour forcément contrariée, les prestigieux protagonistes de cette
série et les sombres péripéties qu’ils doivent surmonter sur fond de
rivalité politique et de guerre de pouvoir sont des plus fascinants. Le
tandem Bigby et Blanche-Neige est un couple à la Bonnie and Clyde des
plus charismatiques et romantiques qu’il m’ait été donné de voir… le
loup qui est en moi ne peut que s’émouvoir de tant de tendresse animale
!
Les artistes associés à cette iconoclaste projet livrent, chacun dans
leur style, de superbes planches classiques et élégantes qui ne
répugnent cependant pas à faire couler l’hémoglobine, et renforcent
encore le plaisir d’explorer ces contes pour adultes à la rencontre
d’un peuple en exil en perte de repère. Notre triste monde a t’il
perverti ces êtres féeriques ou n’ont-ils été de tout temps que le
reflet édulcoré de nos perversions et mesquineries animales ? Cette
romance est en tout cas une once d’espoir dans un monde de brute.
28 mai 2007
COMICS TROUPIERS...
Le silence gêné qui suit en général la consultation de mon blog par les plus fervents partisans du mieux disant culturel est souvent marqué par la condescendance ou l’indulgence navrée de ceux qui font parti de mes proches. Quelques références obscures et inconnues au gré de la rubrique « The Book » auront été à l’origine de jugements péremptoires sur l’autel des « p’tits Mickeys » abêtissants.
Quoi que ponctuellement consommateur d’œuvres d’envergure méritant de figurer au patrimoine cinématographique, pictural ou littéraire de l’humanité, j’éprouve un infini plaisir que d’aucun qualifieront de régressif à me complaire dans les expressions les plus populaires de la culture. Entre paresse et facilité, je voue une admiration certaine aux surhommes en collants portant leur caleçons par dessus. Cette envahissante passion est née d’une pièce de 10 francs donnée le 10 août 1981 et a permis depuis de remplir 4 bibliothèques et les caisses de nombreuses maisons de presse et librairies. Ceux que leur pays d’origine a appelé les « super-héros » et dont les plus célèbres représentant ayant traversé l’Atlantique sont Superman et Batman ont gagnés les faveurs du grand public par le biais du cinéma, quittant leur support d’origine : des fascicules d’une 30 aine de pages imprimées sur un médiocre papier et passés à la postérité sous le nom de comics !
On définit en général le super-héros par ses capacités extraordinaires, un costume bariolé et sa double vie de justicier et d’homme normal. Si on considère souvent Superman comme le premier super héros depuis son apparition en 1938 aux Etats-Unis, on trouve dès 1908 dans le quotidien français La Dépêche un feuilleton mettant en scène un justicier nommé le Nyctalope, affublé d’un costume, d’une double vie et de la capacité à voir dans le noir le plus complet.
Je vous épargnerais une analyse trop profonde du phénomène des super héros et de ce qu’ils doivent à la culture judaïque à travers la figure du Golem. Je me bornerais à vous indiquer que le phénomène a pris tellement d’ampleur depuis presque 70 ans que le nombre actuel de personnages super-héroïques dépasse probablement le millier, sans compter tous les personnages de leur entourage, le nombre de comics édités jusqu’ici tournant probablement autour de 90.000 et augmentant chaque moins de plus d’une centaine de numéros ! Cette véritable industrie née modestement entre les mains de jeunes artistes nommés Jerry Siegel, Joe Shuster, Bob Kane, Bill Finger, Jack Kirby, ou encore Joe Simon est maintenant une immense manne d’argent doublée d’un formidable vivier d’artistes dominés par les 2 plus importants éditeurs que sont Marvel et DC et par quelques indépendants souvent moins soumis aux lois du marché et donc créativement plus libres. Le passage au grand écran favorisé par le développement d’effets spéciaux à même de rendre les manifestations spectaculaires des pouvoirs de super-héros a encore augmenté la popularité de ces derniers, ainsi que leur rentabilité !
En dehors de l’aspect industriel de ce phénomène, les personnages mis en scènes dans les comics sont le plus souvent des archétypes de héros incarnant des valeurs de justice, de liberté et de solidarité. Des personnages manichéens des années 30 affrontant la pègre puis les Nazis puis le Péril Rouge dans des publications destinées à la jeunesse, on est peu à peu passés dans les années 60 grâce à des scénaristes comme Stan Lee à des personnages plus humains, proches des lecteurs et sujets aux mêmes difficultés familiales, sociales ou professionnelles permettant de s’identifier aux héros. Les thèmes de l’exclusion, du rejet de la différence, du handicap sont peu à peu abordés. Les problèmes de la toxicomanie, de l’alcoolisme, du racisme se font de plus en plus précis et les années 80 marquent le passage à l’age adulte du comics. Des auteurs comme Frank Miller ou Alan Moore offrent une lecture pluridimensionnelle de leur « Dark knight return » ou « The Watchmen » à travers le suspens et l’action qu’ils contiennent mais aussi à travers les questions qu’ils soulèvent et illustrent : la légitimité de l’autodéfense, de la justice expéditive, de l’usage de la violence, de l’initiative individuelle hors de tout contrôle ou de l’assujettissement du héros à une idéologie ou une propagande… les protagonistes sont présentés à travers leurs traumatismes et les héros eux-mêmes soumis à leurs obsessions. A l’aube des années 2000, certains éditeurs s’affranchissent de la supervision sévère du Comics Code Authority. Les héros traditionnels voient leurs origines et leurs personnalités revisitées sur un ton plus noir et sensément adulte, et dans des histoires frappés par le phénomène du « grim’n’gritty », littéralement « sinistre et graveleux ». De vigiles indépendants, les personnages de comics deviennent des exécuteurs cyniques et psychopathes. En réaction à cette évolution, certains artistes tels qu’Alex Ross, Kurt Busiek ou Brent Anderson reviennent aux sources du genre en affichant un certain classicisme et en redonnant aux super-héros leur aspect iconique à travers des œuvres telles que « Astro city ». Dans un autre genre, « Planetary » de Warren Ellis et John Cassaday est une mise en abîme du genre super-héroïque qui s’explore lui même sur le mode de l’archéologie, revenant sur les sources des années 30, que ce soit les Comic Books, mais aussi les Pulps chers à Quentin Tarentino ou encore les Strip et autres Detective Story, à travers le prisme du XXI° siècle.
Reflets de leur époque, les comics sont à mi-chemin de l’art et du commerce. Pour une histoire anecdotique, démagogique ou bassement mercantile, il arrive que sorte du lot un récit poignant ou enthousiasmant, esthétiquement raffiné et scénaristiquement palpitant et profond. Dans la masse des pisse-copies et des tâcherons du dessin au kilomètre, de jeunes artistes font leur premières armes et posent les jalons d’une œuvre plus personnelle. La notoriété ainsi acquise peut parfois même leur donner le pouvoir d’imposer leur vision d’un personnage et d’un univers dont les maisons d’édition restent propriétaires mais ne rechignent pas à prêter à des artistes de prestige, y gagnant la caution artistique qui leur fait parfois défaut.
Le lecteur assidu atteint de collectionnite aiguë depuis son plus jeune âge restera un temps victime d’une pulsion d’accumulation et du syndrome du feuilleton qui le pousse à acheter le numéro du mois suivant pour connaître la fin de l’histoire, ou même savoir si les auteurs les plus incompétents seront enfin remplacés par une nouvelle équipe artistique qui portera la série à son meilleur niveau. La connaissance du médium venant, il pourra peu à peu développer son esprit critique et devenir plus sélectif et exigeant dans ses choix. Divertissement populaire, la lecture de comics est aussi une promesse d’évasion vers des mondes d’aventures et d’émotions un peu moins complexe qu’une réalité parfois douloureuse confuse, à la rencontre de personnages familiers qui évoluent et mûrissent au rythme de nos vies, compagnons virtuels de nos bons et mauvais jours et porteurs de valeurs essentielles et universelles.
Et puis d’abord, je lis ce que je veux. Vous ne savez pas ce que vous perdez.
24 mai 2007
ROULEZ DOUCEMENT...
Astro city est le jouet que Kurt Busiek s’est crée pour pouvoir s’amuser à sa guise avec les personnages iconiques de la culture américaine, qu’ils soient de chez Marvel, DC et autres maisons d’édition, et sans avoir de comptes à rendre à personne. Brent Anderson prête aux histoires de Busiek la classe et le classicisme qui fleurent bon l’age d’or des comics souligné par les superbes couvertures d'Alex Ross. Chaque histoire étant indépendante, ne craigniez pas d’être perdus dans les méandres de cette ville, même si vous pourrez y entendre parler de surhommes venus de planètes lointaines, de femmes héroïnes venant d’autres civilisations, de vigilants de l’ombre, d’acrobates justiciers ou de familles de super-héros…
« Il n’est pas malin. Il n’est pas courageux. Et il ne veut pas
du job. Mais il a quelque chose dont ont désespéramment besoin les gens
de Kiefer Square.
Il est dur à tuer.
Il lui faudra bien çà ».
Carl « Steeljack » Donewicz est de retour à Kiefer Square après une
longue peine de prison. Dans ce quartier oublié des « anges » qui
protègent les autres quartier d’Astro City, les « masques noirs » sont
mystérieusement assassinés. Cette communauté marginale qui ne peut pas
non plus compter sur la Police a besoin que quelqu’un enquête…
Kurt Busiek joue avec les codes du polar et rends hommage aux Pulp
magazines des 50’s. Quelque part entre « Jackie Brown » et « Carlito’s
way »,son personnage cherche sa place entre sa gloire passée et oubliée
par une jeune génération de truands avides et sans honneurs et la
volonté de se ranger, coincé entre son agent de probation et des petits
boulots qu’il n’arrive pas à garder. Les seuls personnes qui
l’acceptent et ont besoin de lui sont ceux qu’il doit justement éviter
de fréquenter…
L’histoire de Steeljack, c’est une réflexion sur le temps qui passe, la
bonne conscience des représentants de la justice qui affichent un
manichéisme rassurant, niant soigneusement la frontière ambiguë qui
fait de vous un héros ou un criminel. C’est l’histoire de paumés avides
de reconnaissances et du prix qu’ils sont prêt à payer pour l’obtenir.
C’est aussi une visite dans une communauté avec ses codes et ses
solidarités, ses hiérarchies et ses coulisses. C’est un récit captivant
et émouvant sur un homme qui arrive à la fin de sa vie et qui espère
avoir le courage de se retourner sans avoir à rougir. « Les ailes de
plomb », c’est l’histoire d’une rédemption.
Panini offre un bel écrin à ce récit d’exception traduit avec talent
par Jérémy Manesse. Loin d’un modernisme tapageur et m’as tu vu qui
alignerait les Splash-pages pour faire traîner une intrigue
embryonnaire sur 10 épisodes, Busiek et Anderson nous livrent un récit
dense et profondément humain. Refusant la facilité d’une noirceur et
d’une violence gratuite et démagogique, les auteurs prennent le temps
de nous présenter chacun des protagonistes en lutte contre la fatalité
pour conclure impeccablement leur intrigue sur un affrontement
désespéré rythmé d’onomatopées guerrières !
Prenez la prochaine sortie pour Astro city et roulez doucement!
10 mai 2007
TOI ET MOI ET EUX...
Frank Quitely n’est jamais
aussi bon que quand on lui laisse le temps d’exprimer tout son talent. Libéré
des contraintes de temps imposés par les séries mensuelles, il excelle dans la
représentation de la douleur et du chagrin, de la violence et de la peur. Il
alterne des pages découpées en une multiplicité de cases qui renforcent le
sentiment d’enfermement et de paranoïa et les pleines pages qui nous
étourdissent du vertige de la liberté et de l’espace sans limite. Il mêle les
deux mises en pages pour mieux nous éclabousser de la férocité des combats
provoqués en notre nom tout en nous renvoyant à notre voyeurisme et à notre
responsabilité face aux luttes menées par des innocents à notre place. Enfin,
en utilisant des cadrages subjectifs qui montrent certains scènes à hauteur
d’animal, il nous remet à notre place en nous faisant prendre celles des
cobayes rebelles que l’armée veut museler.
En évitant de trop humaniser
les animaux au centre de ce récit et en leur laissant les instincts qui les
poussent à fuir, à se défendre, et à se nourrir, les auteurs évitent de sombrer
dans le sentimentalisme dégoulinant tout autant que dans le désespoir le plus
profond quand des sursauts de conscience daignent toucher certains humains.
C’est donc avec une œuvre émouvante, complexe et esthétique que Grant Morrison et Frank Quitely inaugurent
l’année 2007 pour Vertigo en France.
02 avril 2006
LA CUISINE DE L'ENFER...
Brian Michael BENDIS et Alex MALEEV nous entraînent dans les bas-fonds new-yorkais avec l'ambition avouée de faire de la vie d'un homme sans peur un véritable enfer de noirceur et de désespoir...
25 mars 2006
FOU A LIER...
Il était évident depuis longtemps que le collant et l'auto-défense n'était pas un signe de bonne santé mentale...
24 mars 2006
LE FOU A CHANTE 17 FOIS....
SOURIEZ! ne fait pas rire...
C'est fou, non? Et c'est encore du Moore...
23 mars 2006
WHO WATCHES THE WATCHMEN?
La grève étant sa zone d'influence jusque dans les recoins de la toile, faisant obstacle à votre éducation.
En même temps, je ne saurai vous dire de façon étayée pourquoi "Watchmen" est un chef d'oeuvre, vu que je n'ai pas encore tout compris, ce qui est plutôt (l'ami de Mickey) bon signe, mais c'est renversant, inventif, bouleversant, traumatisant... et hyper réferencé! Alan Moore, quoi...
...et c'est aussi une uchronie, pour les plus fidèles d'entre vous.
22 mars 2006
PROLETARIAT FOREVER : YEAR ONE...
Par solidarité avec mes frères opprimés du Kolkhoze 357 qui luttent contre la mise en place des 35 heures quotidiennes non rémunérées, je me vois dans l'obligation de vous priver de mes arguments imparables qui devaient vous faire comprendre pourquoi c'est cool quand Bruce Wayne met son slip par dessus son pantalon et porte une cagoule avec des oreilles pointues.
19 mars 2006
M'ENFIN...
Février 1957 est un mois à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire
de l'humanité qui accueillit en son sein un anarchiste révolutionnaire
qui ne cessa au cours de ses 40 ans de carrière de dynamiter les moyens
de production de son entreprise, fit exploser en toute impunité son
lieu de travail, envoya à de nombreuses reprises à l'hôpital les
représentants du patronat, empêcha la signatures d'innombrables
contrats qui auraient renforcé le pouvoir libéral, dirigea nombres
d'attentats contre la maréchaussée, s'associa à Greenpeace pour saboter
la chasse à la baleine, perturba le fonctionnement d'un satellite et
fit s'écraser un avion de chasse de l'armée.
Ce dangereux activiste répondait au
nom de Gaston Lagaffe et exerçait la profession de garçon de bureau aux
éditions Dupuis où il était entré grâce aux recommandations de son
père, André Franquin, pourtant pacifiste convaincu quoi qu'un peu
pessimiste. Gaston ne survécu pas à celui-ci, disparu en janvier 1997.
Le dossier de l'instruction fait plus de 1000 pages et tient en 16
volumes. Les jeunes désœuvrés de notre époque, avides de révolution,
auront à cœur de s'inspirer de cet illustre précurseur qui fit de la
chimie amusante une arme de destruction massive et de la musique
expérimentale un outil de déstabilisation des meilleurs
conditionnements mentaux.
Dans le monde de plus en plus formaté de l'édition, et notamment du 9° art, où la liberté d'expression est de plus en plus mise à mal par les recettes miracles de production de best-sellers auxquels sont condamnés à perpétuité des artistes pourtant valeureux et indépendants en leur temps, l'évident message politique et sociétal de Lagaffe et de son âme damnée Franquin fait école en matière de message idéologique transgressif alliant la rigueur du discours critique à l'absolue maîtrise d'un art officiel mis au pas et transcendé par le génie de la dynamique picturale d'un maître humble et détaché qui vous invite à chaque page à la méditation sur votre devenir et celui de votre environnement.











