HALNAWULF : LE BLOG...

Sic transit gloria mundi

13 avril 2006

BON A ENFERMER...

    Non, je n'ai pas deserté ces pages, qui sont d'ailleurs les miennes et que je délaisse si je veux, mais ai du subir le sevrage sauvage qui s'est imposé à moi par la force des défaillances d'une alimentation fantaisiste et d'un ventilateur agonisant donnant 80° de fièvre à mon cher processeur sans qui je ne serais rien.

    Ces désastreux revers de fortune m'ont occasionné force tremblements et moult sueurs froides mais vous ont aussi privé de l'expression contagieuse de mon enthousiasme concernant les élucubrations cinématographiques d'Albert Dupontel qui est décidément bon à "enfermer dehors"!

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     Si je voulais faire vite, je balancerais l'expression de cartoon social déjanté qui a été bien utile aux journalistes et autres critiques de cinéma, mais ce n'est pas mon genre...  ah ben si, finalement! Si vous savourez les péripéties d'un Charlot toxico malmené par l'hystérie sadique d'un bon vieux Tom et Jerry au son des riffs des guitares de Noir Désir, précipitez vous dans les salles obscures. Réjouissant pavé ludique, "Enfermés dehors" n'atteint cependant pas la mélancolie poétique, décalé et désespérée de "Bernie" qui reste pour le moment le chef d'oeuvre d'Albert Dupontel.

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06 avril 2006

TCHAO PODIUM...

    Dieu qu'Isabelle Carré est belle! Dieu que Poelvoorde est inquiétant...

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16 mars 2006

DIES IRAE...

    Le poids des ans et de l'imposture s'est abattu sur le western trop souvent consacré à la propagande colonialiste et religieuse de l'Amérique. Il n'était donc que justice que celui qui, avec la complicité de Sergio Léone, l'enterra jadis dans la poussière italienne procède en cette fin de siècle à son autopsie. Figure fondamentale de la culture américaine en tant qu'acteur reconnu, réalisateur encensé et musicien de blues éclairé, Clint Eastwood invoque le droit d'inventaire pour un film mystique et crépusculaire impitoyable.   

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    En 1880 au Kansas, William Munny expie son passé de redoutable hors-la-loi en élevant ses enfants et ses porcs dans le dénuement et la religion du Christ légués par sa défunte femme. Rattrapé par son passé et un jeune admirateur, il s'improvise justicier pour quelques dollars et la vengeance d'une prostituée défigurée par un cow-boy sadique.   

    Cette histoire de vengeance permet à Clint Eastwood de plonger dans les entrailles de l'esprit humain et de balayer les poncifs du western traditionnel qui opposait le cow-boy brave et dévoué guidé par le code de l'honneur au fourbe et traître outlaw à la merci de ses bas instincts.Des tueurs arthritiques à la jeune tête brûlée, du shérif brutal et despotique au cow-boy sadique et son collègue repentant, de l'assassin prétentieux avide de notoriété à l'écrivain révisionniste de l'histoire du grand West, il n'est pas un personnage qui trouve la rédemption ou un juste châtiment. Dans cet impitoyable univers, ce n'est pas la justice mais la violence qui est aveugle et sert des motivations égoïstes qui ne sont que gloire, appât du gain, soif de pouvoir, appétit sexuel, goût du sang et fascination pour la mort.

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    Dans cette œuvre de mythes brisés, Clint Eastwood, Morgan Freeman et Gene Hackman incarnent certaines valeurs que revendique l'Amérique contemporaine : la foi, la sagesse et l'ordre, mais le représentant de l'ordre torture et met à mort le dernier rempart de raison et de mesure incarné par Morgan Freeman, brisant ainsi l'équilibre fragile entre l'ordre et la dictature, la justice et la vengeance sanguinaire. Clint Eastwood montre alors le vrai visage de celui que la sauvagerie meurtrière n'a jamais complètement quitté et qui apporte la mort dans un bain de sang sous couvert de justice, au nom d'une foi dévoyée en un Dieu colérique.

    Dans "impitoyable", les valeurs fondatrices de l'histoire de l'Amérique sont finalement démasquées pour dénoncer le manichéisme Américain qui, sous prétexte d'exporter la justice au nom de sa foi, répand la mort dans des pays qui n'adhèrent pas à sa vision naïve de ce que doit être une nation digne et libre, sans oublier d'en piller les ressources susceptibles d'assouvir ses appétits économiques et médiatiques.

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15 mars 2006

A.D.N UBER ALLES...

    Emporté par les extravagances jubilatoires d'un Star wars omniprésent, l'amateur de science-fiction dévoyé prends le risque de passer à coté de ce que l'anticipation cinématographique a produit de mieux, mettant l'émotion née d'humains aux destins contraires et le frisson d'une perspective de société déshumanisée au service d'un récit angoissant et complexe.

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    Dans un futur proche et un monde pacifié et aseptisé dans lequel l'enfant du hasard est une fantaisie malsaine, Andrew Nicoll nous fait partager le combat de quelques parias pour échapper à l'infamie à laquelle les a condamné l'eugénisme érigé en modèle de société.

    L'individu n'est plus qu'un capital génétique soigneusement sélectionné qui écrit l'histoire de son porteur de la naissance à la mort. Cette société entièrement sous contrôle génétique et biométrique va se heurter à l'obstination d'un homme qui courre après son rêve de voyage dans les étoiles malgré une malformation cardiaque, avec la complicité d'un être parfait à l'arrogance brisée qui a finalement appris jusque dans sa chair que le pouvoir de la génétique n'était qu'une sinistre farce face à celui du destin. C'est ce même destin qui mettra l'alliance contre nature de Vincent et Jérôme à l'épreuve de la volonté et d'un amour susceptible de briser un rêve.

    "Bienvenue à Gattaca" offre au spectateur une réflexion profonde sur la science et le destin servie par une esthétique glaciale mais sobre, et une économie de moyens et d'effets voulue par Andrew Niccol pour qui trop d'artifices ne dissimulent le plus souvent que la vacuité d'un film.

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14 mars 2006

OBLITERATION...

   Le dur labeur ramène le forçat en ses pénates épuisé, à peine auréolé de la fierté du devoir accompli. L'obole qui lui tient lieu de ressource financière si modeste qu'elle ne mérite pas le pluriel lui permet enfin de revendiquer un droit à l'évasion vers le sombre, brutal et, plus souvent qu'à son tour, sanguinolent univers de Martin Scorcese, avant de s'enfoncer dans le moelleux de ses draps avec l'espoir que ses fans assidus seront moins exigeants sur la qualité d'un écrit rongé par la fatigue.

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 De 1955 aux années 80, s'inspirant d'une histoire vraie, Martin Scorsese nous invite dans "la famille" New Yorkaise pour assister à l'ascension du jeune italo-irlandais Henry Hill, de son parrainage par Paul Cicero à son association avec Jimmy Conway et Tommy De Vito qui l'emmènera dans les hautes sphères de l'impunité pour lui permettre de tomber plus vite et plus bas.

    Henry Hill est notre guide dans les us et coutumes des Affranchis, les intouchables, ceux qui "savent". Un sens de famille des plus sécurisants et un troublant sentiment d'anarchisme et d'esprit de libre entreprise peut concourir un moment à fasciner les esprits les plus avides de liberté et d'audace. Le code de l'honneur qui te fait garder le silence, respecter ton bienfaiteur et te tenir loin du commerce de produits sales finit de donner à l'aventure un doux parfum de romantisme de bandit de grand chemin. Puis le vernis craque.

     Des affaires plus lucratives et des consommations abusives de poudre blanche vont montrer les limites de l'honneur quand se révèle la violence psychopathe, la paranoïa des caïds et l'immense solitude du sous-fifre humilié aussi vite promu que massacré par ceux-là mêmes qui l'appelaient frére. L'affranchi n'est finalement qu'une mouche attirée par le goût d'une existence sucrée, facile et sans contrainte mais bientôt perdue dans un système aux repères superficiels, construit sur les pieds d'argiles des appétits de la nature humaine et s'enfonçant dans un bain de sang.

    Entraînés par la virtuosité et le dynamisme de Scorsese, nous explorons les coulisses de la pègre tout au long de 3 décennies rythmées par les chansons de Tony Bennett, Dean Martin, Donovan, Aretha Franklin, The Rolling Stones, Cream, The Who, George Harrison, Muddy Waters et finalement My way par Sid Vicious, sans oublier les 246 "fuck" du film!

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11 mars 2006

TRADUTTORE TRADITORE...

    Traduire, c'est trahir, comme le dit le dicton italien. Adapter, c'est pas mieux. Respecter, parfois c'est pire. Vouloir à toute force marquer de son empreinte l'histoire du cinéma fait parti des fantasmes de Frank Miller. Le poil caressé en ce sens par Robert Rodriguez, et malgré des déconvenues cuisantes avec notamment ses scénarios pour les premiers volets de la série Robocop, Frank Miller s'est lancé à l'assaut d'un monument du Comics qu'il a lui même construit : Sin city.

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    Le parti pris de coller au plus prêt de l'ouvre originale, que ce soit dans les éclairages, le noir et blanc, les dialogues et les cadrages, et ce avec la participation de l'auteur lui-même, devait être l'assurance pour les lecteurs conquis de la préservation d'un état d'esprit propre aux pages de Sin city. C'était oublier hélas un peu vite que chaque média à son langage et que le 9° art n'est pas le 7°.

    La fidélité à l'esthétisme de Sin city donne naissance à un bel objet cinématographique, beau, tellement beau… et si long et vain. Les dialogues extraits des phylactères tombent à plat au rythme apathique des cadavres. La gestuelle des comédiens se rapproche de celle des mannequins qui, du haut de leur podium, enchaîneraient les postures volées aux dessins de Miller. Le scénario qui tente de mettre à l'écran différents histoires des premiers volumes de Sin city aligne les scènes sans lien réel, en dehors du catalogue des 1000 et 1 façons de faire pisser le sang à quelque chose de vivant. Les filles, prostituées fortes et tragiques, et fantasmes vivants de Miller, ne sont plus des esclaves de leur destin mais un troupeau de gourdes.

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    Malgré une fabuleuse distribution qui a fait ses preuves par ailleurs, de Mickey Rourke à Bruce Willis en passant par Benicio Del Toro et Elijah Wood, je n'ai hélas ressenti qu'indifférence pour la solitude de Marv, sa folie enragée, pour les filles dévorées, asservies, abusées, pour l'amour impossible de Nancy et Hartigan, pour leur vies, leurs souffrances, leurs jouissances, leurs morts… Au delà de la fascination pour l'image, que ce soit en photo, en peinture, en dessin ou sur pellicule, Frank Miller a oublié en chemin que le support n'est que l'outil de l'émotion, qu'elle soit colère, amour, haine ou joie, tout ce que l'on peut retrouver entre l'encre et le papier dans les volumes de Sin city où même Marv la brute vous tirerait presque des larmes...

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04 mars 2006

A CHACUN SON FAUTEUIL...

    Alors que ma nature me pousse le plus souvent à anticiper les évenements et les écrits, et laisser longtemps mûrir  les réflexions et les sentiments, je vais cette fois tenter l'expérience de l'instantané en vous faisant part de mes premières impressions à chaud sur "Fauteuil d'orchestre" de Daniel Thompson, avec le fabuleux et dérangeant Albert Dupontel! A ce soir... tard.

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    Acta fabula est. Je me lève ému et le cœur léger de mon fauteuil d'orchestre, avec accroché au cœur l'espoir que chacun trouve sa place. Car c'est de cela qu'il s'agit… de 3 générations d'hommes et de femmes qui sont à un tournant de leur vie, certains au tout début, d'autres à la croisées des chemins et les derniers au moment où le temps à venir, c'est le temps qui reste.

    Sous la direction de Daniéle Thompson, Cécile de France est Jessica qui a quitté Macon pour monter à Paris tenter de construire sa vie. Serveuse dans un café dans lequel se croisent les protagonistes de 2 théâtres et d'une salle des ventes, elle va mettre en lumière les échecs et les frustrations de chacun au moment où il leur faut prendre des décisions essentielles pour les temps à venir.

    Entre comédie et drame, entre romance à naître et histoire d'amour à sauver, entre deuil à faire et ambitions artistiques, entre passé et avenir, les personnages incarnés avec jubilation et émotion par Cécile de France la lumineuse, Christopher Thompson l'indécis, Valérie Lemercier l'exaltée, Albert Dupontel le torturé, Dany la nostalgique et Claude Brasseur le sage vont devoir trouver la "meilleure place" pour leur vie au milieu des fauteuils d'orchestre, ni trop prêt ni trop loin de la scène.

  Des rires provoqués par Valérie Lemercier à l'émotion portée notamment par Claude Brasseur et Albert Dupontel, les spectateurs retrouveront un peu de la gravité légère de "On connaît la chanson" d'Alain Resnais et le goût des chansons populaires de Gilbert Bécaud, Juliette Gréco qui se mêlent à la musique de Beethoven, Mozart ou Litz pour rythmer les questionnements de ce film réussi et optimiste sur l'amour, l'art et la mort. Il est encore à l'affiche, précipitez-vous si vous n'êtes pas encore totalement englué dans le cynisme le plus complet... et même dans ce cas, ce film pourrait être une bouffé d'oxygène salvatrice pour les plus nihilistes d'entre nous!

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20 février 2006

POUR ELODIE : NETTOYAGE D'UN MONDE...

    Il est étonnant de voir comment le même film peut véhiculer des idéologies trés éloignées suivant le public qui le perçoit et susciter ennui et perplexité ou terreur et interrogation métaphysique selon le cas. "La guerre des mondes" de Steven Spielberg avec Tom Cruise, d'aprés le roman de H.G Wells est de ceux-là!

la_guerre_des_mondes


    Au delà des millions de morts ayant une valeur quasiment sacrificielle, Elodie, souriante, délicate et supra-compétente collégue exemplaire dont j'envie secrétement les qualités professionnelles, a cru déceler une sorte de happy end triomphant à la gloire de l'Amérique victorieuse, mais il n'est, selon moi, écrit nul part qu'un film sombre et pessimiste ne doive pas se terminer sur une note d'espoir.

    Là où, chère Elodie, tu as vu un film sans scénario qui essayait de mettre en avant la "toute puissance américaine qui gagne quand même à la fin", j'ai vu une oeuvre qui met en scéne un homme perdu et impuissant en fuite dans un pays perdu et impuissant, tous deux devant finalement leur survie à court terme à ce qui les tuera à long terme. La fin du film nuance cependant le pessimisme du propos en mettant en avant l'éventualité que l'homme soit capable d'apprendre de ses erreurs, que ce soit en tant que père ou humain.

    Peut être cette "Guerre des mondes" patit-elle de la présence de l'invincible Tom Cruise sous la direction du magnat de l'Entertainment Hollywoodien Spielberg, mais ce dernier a prouvé par ailleurs que son pouvoir lui donnait suffisamment de liberté pour réconcilier la forme et le fond, l'engagement et la jubilation esthétique et de poigne pour mater les égos les plus démesurés et mettre le talent de ses acteurs au service de son film. Cette exode initiatique d'un père dépassé et incompétant mérite sûrement une seconde chance, Elodie...

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19 février 2006

DE PLUS EN PLUS PRES DE CHEZ VOUS...

    A.S : une première version de cet article est parue en janvier 1996 dans "Le doigt dans l'oeil". Il faudra que je vous parle du "doigt dans l'oeil" un de ces 4... Les charmants aspects de la télévision évoqués sont d'époque... que de chemin parcourus!!!


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    Au détour de l'écran d'une soirée de désœuvrement, vous croisez le chemin d'un étrangleur. Une équipe de télé était là pour vous rapporter ces images stigmatisant la violence urbaine croissante et le scoop de la semaine qui lui vaudra les honneurs de la rédaction, toujours avide de sensationnalisme générateur d'audience et donc de rentrées publicitaires.

 

    Une autre soirée. La lobotomie vous guette au fond de votre fauteuil. En attendant votre propre décérébration, vous assistez à la découpe de la boite crânienne d'un extra-terrestre par des "experts" militaires. Un fait divers sordide et un extra-terrestre : où est la réalité ? Où est la fiction ? Pour peu que vous ayez quitté la civilisation depuis plus de cinq ans, vous avez le droit de vous tromper. En dehors de cela, il y a peu de chances que vous n'ayez pas remarqué la traversée du miroir d'Alice de notre civilisation médiatique errant en plein pays du non-sens ! Comment expliquer autrement l'inclinaison d'une société à faire de la fiction avec du quotidien tandis que des émissions, qui se devraient d'être d'information, nous assènent l'autopsie d'un martien à l'heure du dîner ?

    Pour mémoire, le fait divers évoqué sert d'introduction à un film belge de 1992 intitulé "C'est arrivé prés de chez vous". Ce film de, par et avec Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde narre par le menu les péripéties d'une équipe de télévision qui s'est mise en tête de rapporter le scoop du siècle en s'attachant aux pas d'un tueur professionnel. Récompensé par plusieurs prix à Cannes, ce film se veut résolument humoristique, comme vous le confirmeraient les spectateurs qui ne seront pas partis dés les dix premières minutes, un humour noir et cynique confinant à la provocation électrochoc dans les scènes les plus sordides. Le parti pris des auteurs étant de tourner ce film comme s’il s'agissait d'un reportage digne des pires "52 minutes à la Une", Benoît, l'assassin, s'adresse directement à la caméra, et donc au spectateur. Dans toute la première partie du film, l'équipe de télévision se tient en retrait de l'action, simple témoin se contentant de laisser faire. De la leçon de lestage des corps à l'interview des parents inconscients des activités de leur rejeton, l'équipe est invisible. Un tonnerre de détonations et une pluie de corps s'écroulant sous les balles brisent la bonhomie de l'interview. 13 morts en montage serré, en 10 secondes.

    Autour d'un verre, l'éthylisme aidant, le tueur se sent en confiance et délivre à Rémy qui dirige le tournage, ses considérations pseudo- philosophiques sur les femmes et l'amour, et, bien que se targuant de belles lettres, laisse échapper, dés que le vernis craque, d'autres considérations bassement organiques beaucoup moins reluisantes et cependant plus proches de sa vraie nature de "beauf" mégalomane et meurtrier. C'est ce gouffre entre le professionnel froid et consciencieux, solitaire et cultivé, sorte d'Arsène Lupin du meurtre, et sa véritable personnalité d'assassin cupide, inculte, raciste et mégalo qui est le fil conducteur du film, le gouffre se comblant au fur et à mesure de cadavres divers. Mais par ce fil conducteur, ce n'est pas la descente aux enfers d'un tueur que l'on suit, mais celle de journalistes vendant leurs âmes au diable.

    Le sujet même du reportage fait de ceux qui le réalisent des complices passifs. La confiance réciproque nécessaire finit par les rapprocher du tueur et du fossé du crime. Peu à peu, Rémy est pris avec ses collaborateurs dans la spirale de la complicité active : il commence par porter un corps, puis, avec la complicité matérielle de l'équipe de télé, c'est sous le prétexte d'un reportage que Ben pénètre chez une vieille dame cardiaque qu'il va faire mourir de peur. Lors d'une fusillade avec un autre tueur, c'est le zoom de la caméra qui sera déterminant dans l'issue de l'affrontement. Plus tard, suite à une provocation (innocente ?) du caméraman, Ben s'attaquera à une résidence bourgeoise et en décimera la famille sans aucun profit, simplement par orgueil. Le contrat Faustien sera scellé par la vie de l'enfant innocent dont Rémy tiendra les jambes tandis que Benoît l'étouffera. Dés lors, l'élimination physique de reporters concurrents et un viol collectif le soir de Noël ne seront qu'une formalité d'admission dans le monde criminel de Ben.

    En parallèle à cette évolution du rôle des journalistes, Benoît ne s'adresse plus à la caméra, aux spectateurs, mais à ceux qui sont désormais ses complices et qui viennent combler sa solitude et son envie de reconnaissance s'exprimant par ses fanfaronnades répétées et sa participation au financement du tournage. Venus pour réaliser un reportage sur le crime urbain, Rémy, André, Patrick, Franco et Vincent deviennent complices et assassins. Cette déchéance se fait sous les yeux du spectateur hilare, pour peu qu'il goûte l'humour noir et la provocation. Le décalage entre le discours des protagonistes et leurs activités sordides ajoutés à la bêtise du tueur, à ses poèmes ringards et plagiaires, à ses prétentions intellectuelles, ses énormités verbales à base de racisme de bistrot, ses airs professionnels et ses ivresses répétées, ses fréquentations bigarrées allant de la vieille prostituée à la flûtiste en passant par les entraîneurs de boxe et les patronnes de bar, tout cela concoure à faire du personnage un tartuffe pervers et ridicule. Sous le couvert de cet humour décapant défilent les cadavres des victimes et des membres de l'équipes qui tombent parfois sous les balles pas perdues pour tout le monde. Toute cette bonne humeur morbide s'efface soudain : imbibés au dernier degré par des tournées répétées de "Petit Grégory" (cocktail à base de Gin et de Schweeps dans lequel on immerge une olive ficelée sur un morceau de sucre), le gang fait irruption dans la chambre de bonne d'un couple modeste en pleine étreinte et se livre à un viol collectif avant de massacrer le couple. On ne rit plus. La limite est franchie, se dit-on. Mais quelle limite ?

    En quoi les meurtres précédents, les agressions, les propos racistes et méprisants livrés à notre voyeurisme étaient-ils en dessous d'une imprécise limite ? Le reste du film ne fait que nous enfoncer dans la boue de notre culpabilité d'avoir été, nous aussi, complices. Toute l'horreur sous-jacente ressort alors, à l'image des cadavres que la baisse du niveau de la rivière fait surgir à la vue de tous. Le monde de Ben s'écroule. Il abat un de ses amis un peu trop moqueur, Valérie, son amie flûtiste, est menacée de mort par la Maffia en représailles contre Benoît; celui-ci manque une de ses opérations, laissant s'échapper un facteur qui va permettre son arrestation. Le film se termine sur son évasion avec la complicité de Rémy et des autres. Entre-temps, Valérie et les parents de Benoît ont étés tués par la Maffia. Dans le repère de Benoît où ils sont venus récupérer son butin, Benoît, Rémy et Vincent succombent sous les balles venues du ciel d'assassins invisibles. Une punition divine ? On ressort de la salle de cinéma sous le choc, puis on se rassure : bien sur, les images sont affreuses, le tueur est ignoble, mais la complicité des reporters n'est que le fait de quelques individus déséquilibrés; d'ailleurs, bien que le propos du film soit de faire l'apologie de notre voyeurisme, les auteurs n'ont-ils pas donné dans la caricature humoristique grasse au trait un peu épais ?

    La démesure de la satyre semble en effet bien loin de notre quotidien médiatique. Pour un tueur de fiction pittoresque et grotesque, combien trouve t'on à la Une des journaux de Thierry Paulin tueurs de vieilles dames, de Mesrine ultra-violents et de petits braqueurs à bout de nerfs qui tirent sur tout ce qui bouge ? Les acteurs des informations retenues par nos journaux n'ont pas l'indignité d'être drôles. Qui peut prétendre avoir vu sur son écran les images monnayées de chutes de bébés et de grand-méres ? Comment un passager d'avion venant d'être détourné oserait-il annoncer aux journalistes le harcelant de questions qu'il a "tout filmé!", Invitation même plus déguisée à la négociation? Qui aurait l'inélégance d'étaler ses petites détresses orgasmiques devant des millions de téléspectateurs ? Quel candidat au voyage serait prés à se convertir en renifleur d'étrons en échange d'un billet d'avion ?

    Quoi qu'il en soit, ces comportements pervers, pour peu qu'ils se soient développés, n'auraient probablement jamais passé l'épreuve de la déontologie journalistique et médiatique. Aucun responsable d'antenne, aucun animateur de télévision ne s'abaisserait à flatter les pires aspects de nos personnalités en donnant droit de cité au sensationnalisme et au voyeurisme. Cet instrument de communication qui rapproche les hommes est l'outil idéal de la réconciliation des cultures, ces caméras qui captent la beauté du monde et des œuvres de l'homme réconcilient le misanthrope avec ses congénères. Le citoyen de base prend mieux conscience du pouvoir qu'il a donné à ses élus et de l'usage qu'ils en font... Toutes ces missions civilisatrices et éducatrices, dans la lignée de l'Humanisme des Lumières, ne supporteraient pas la promiscuité d'individus bien en dessous des bouffons royaux qui pensent rendre service à l'homme en le tirant vers le bas, vers la facilité de l'ignorance et du mépris.

    Jamais, en effet, des journalistes de La Cinq Berlusconnienne, sous la responsabilité de Guillaume Durand, n'ont assisté caméra au poing, à la ratonnade d'un maghrébin par le groupe de Skins qu'ils suivaient depuis plusieurs jours. Aucun reporter adepte de la preuve par l'image n'a jamais trafiqué de reportage sur le trafic d'armes dans les "banlieues à risques", comme se plaisent à les appeler des chroniqueurs en mal de tension sociale. Aucune famille de pilote d'avion, morte d'inquiétude durant un détournement déjà meurtrier, n'a eu l'horrible chagrin d'entendre un envoyé spécial annoncer la mort de ses proches, déclaration démentie quelques heures après. Enfin, sous prétexte de rire, un animateur n'aurait pas l'indélicatesse de suggérer qu'en introduisant des roues de vélos entre leurs fesses, on pouvait recycler des ouvriers au chômage en parking. Quels téléspectateurs supporteraient d'être pris à ce point pour des anthropopithèques acéphales ? Qui pourrait soulever un tollé en réclamant le droit à la "beauferie" ? Qui chercherai dans la télévision un exutoire à son voyeurisme chronique ? Souvent partisan du moindre effort, toujours prés à conspuer l'intellectuel élitiste au profit du musculeux populiste, le public à pour lui son pouvoir d'achat, objet de toutes les convoitises, pouvoir d'achat que trop d'éducation risquerait de mettre hors d'atteinte des grands distributeurs pourvoyeurs d'émissions grand public (par la taille). La stratégie consiste donc à le conforter dans son ignorance crasse de Neandertal mal dégrossi en lui donnant l'impression d'avoir un quelconque contrôle sur le choix de ces programmes qu'on lui fait ingurgiter à hautes doses. La télévision n'est donc que le reflet des bassesses d'une humanité qui se repaît des malheurs qui lui sont étrangers en se donnant la bonne conscience de plaindre "ces pauvres gens", occupation à plein temps l'entraînant bien loin de la conscience de sa déliquescence et de la fin inéluctable de sa... civilisation ?

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17 février 2006

LE SYSTEME EST MON ENNEMI, CES 5 LA SONT MON PROBLEME...

    Au delà de la figure imposée aux acteurs comiques par le syndrôme "tchao Pantin", José GARCIA livre dans "Le Couperet" de Costa-Gavras une interprétation à vous glacer le sang, non par excés d'hémoglobine ou d'effets horrifiques appuyés mais par la familiarité du personnage chargé de famille qui doit maintenir le niveau de vie de sa meute et retrouver son identité d'actif salarié.

    Dans un système économique ultra-libéral et planétaire aux mains de décideurs désincarnés, l'exclu dépassé ne veut ni changer la société, ni se venger des responsables sans visages et eux aussi interchangeables de sa situation... il veut simplement récuperer ce qu'on lui a pris. Entre lui et sa place dans le système, 5 concurrents. Le système est son ennemi mais ces 5 là sont son problème...

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