19 juin 2008
LICENCE DES MAINS DE LA MORT...
Pow ! Pow ! Ce septième jour d’avril
n’annonçait pourtant pas les évènements de mai 68. Les oreilles décollées de
Pépée frémirent à cette nouvelle salve. Les détonations avaient hanté la
matinée entière et elle désespérait d’entendre enfin les roues de la Rolls sur
le gravier de la cour du château de Perdrigal.
Son cœur battait comme un tambour tandis qu’elle
tentait de se montrer aussi calme et discrète que possible, ce qui n’avait
jamais été son fort. Le massacre organisé auquel elle tentait de se soustraire
était il une expédition punitive, en réponse aux quelques dégâts que ses
acrobaties et pérégrinations diverses avaient pu occasionner dans le château et
ses alentours ?
Elle finit par atteindre une fenêtre du château
et entrer dans la pièce où se trouvaient sa nourriture et ses jouets. Ses mains
comme des raquettes se refermèrent sur le colt Smith et Wesson qu’elle avait
conservé de son enfance au Music Hall. Nombres de ballons multicolores
avaient explosé sous les cris de joie des enfants et dans les envolées
musicales de Country. Depuis son premier anniversaire, Pépée avait entendu des
notes plus tristes résonner sur le piano du salon. Un requiem semblait soudain
des plus adapté à la situation.
Au fond d’elle, elle
senti se réveiller la colère de ses racines. On en voulait à sa vie et ses
compagnons de jeu baignaient maintenant dans leur sang. Elle ne pouvait se
résigner à finir comme du bétail à l’abattoir. Franchissant prudemment la
fenêtre, elle s’accrocha à la branche la plus proche et se figea dans
l’épaisseur des feuilles qui habillaient le chêne centenaire. Les coups de
fusil s’espaçaient à mesure que les victimes se faisaient plus rares. Le
tonnerre se rapprochaient de son refuge sylvestre. Pépée vit soudain sous ses
pieds se fixer le chasseur aux aguets. Serrant son Colt, elle visa le
chasseur Lotois aussi soigneusement que le fouet le lui avaient
appris. Un plomb vint piquer la joue du bourreau,
trahissant le tireur de pacotille.
Pépée s’effondra du haut du chêne dans le
Magnolia voisin. Les Fleurs perdues dans sa barbiche se noyèrent dans le sang
qui coulait à gros bouillon de sa gueule entrouverte avide de trouver un
dernier souffle. Ses yeux étaient comme des lucarnes ouvertes sur les 7
dernières années de sa vie, entouré de l’amour de Léo et de l’agacement de
Madeleine, entre les mélodies naissant dans la douleur et la passion agonisant
dans les cris, expirant en une dernière vengeance sanglante. Non loin, Zaza
gisait déjà, couchée sur le flan. Pauvre bonobo. Pépée aurait voulu s’y traîner
et se blottir à nouveau contre elle, ne rien changer à son décor, dormir encore
avec les morts.
18 mars 2008
MAUVAIS POIL…
Un Space Soap
Opéra sur fond de pluie bizarre mais optionnelle…
-« Ta femelle, c’est du Bantha poudou ! ».
Palpatruc se dressa de toute sa
hauteur et donna un violent coup de tête entre les secondes et troisièmes
pattes de l’importun Sorzaki. L’absence totale de réaction de celui-ci lui fit
se souvenir que ses gonades étaient bien cachées sous l’amas de colliers d’or
qu’il portait sous sa deuxième mâchoire. L’Ewok ne dut son salut qu’à
l’allergie à la fourrure du Sorzaki qui s’éloigna sur un dernier «casse-toi pauvre con !» méprisant.
Adossé
au bar de ce glauque estaminet de Mos Eisley, Palpatruc sentit monter le
désespoir et sa gorge se serrer, à moins que ce ne fut une boule de poil.
Personne ne pourrait donc lui donner la moindre piste dans sa quête de
l’absente ? La cérémonie nuptiale approchait, Palpatruc s’éloignait parsec
après parsec des forêts d’Endor, et la désapprobation du Conseil des anciens
pouvait le condamner au bannissement à vie ! Leur faire bénir ce que d’aucuns
qualifieraient d’alliance contre-nature n’avait déjà pas été chose facile. Non,
il ne devait pas renoncer à retrouver la géante imberbe qui avait su conquérir
son cœur droit !
KRRRTTT'SS choisit ce moment pour faire son entrée dans le débit de boisson avec la ferme intention de dilapider consciencieusement les crédits galactiques durement acquis en balayant les ponts et coursives du "Gris Perle" dans les soutes duquel Palpatruc avait fait le voyage au hasard d’une étape du vaisseau marchand. De toute l’équipe d’entretien, KRRRTTT'SS était le seul à ne pas avoir pris en grippe l’innocent Palpatruc en pleine période de mue, ses poumons de 300 litres étant peu enclin à l’asthme. Il remarqua immédiatement l’air renfrogné de l’Ewok. Interrogé du regard, Palpatruc se décida à faire l’effort de s’adresser au Dénébien en mettant en application les rares leçons de M.Guing, professeur de phonétique intergalactique croisé sur Alderande mais si souvent absent que dévorer son cerveau aurait été pour certains le seul moyen d’en tirer un bénéfice quelconque. Le défilé de pintes de Demobar se fit au rythme du bruit de roulette dentaire de la langue des Dénébiens. Palpatruc réussit un moment à rester cohérent pour narrer dans le détail les péripéties de sa rencontre avec l’élue de son cœur au détour d’un fracassage en série de crânes d’Imperial Troopers.
Il se rappelait combien un bon grattage de nuque avait dissipé la crainte mêlée de curiosité de se trouver devant ce qui ressemblait à une femelle démesurée mais anorexique qui aurait perdu son pelage. Il fut cependant vite convaincu d’avoir rencontré une experte en matière de zones érogènes, suffisamment familière du peuple Ewok pour savoir que la nature, dans son infinie sagesse, les avait doté de gènes dominant assez forts pour compenser l’absence de femelles au sein de leur race. Sa nouvelle et tendre promise était même la cible de tant de dévotion de la part de son entourage et de ses alliés que sa nature princière ne faisait pas le moindre doute !
L’enthousiasme de Palpatruc au fur et à mesure qu’il dressait le portrait de sa belle n’empêchait pas KRRRTTT'SS d’établir un curieux parallèle avec une aristocrate roulure qui fricotait sans vergogne et indistinctement avec les contrebandiers, les Wookies et même, selon la légende, avec son propre frère ! Son goût de la luxure avait même poussé celle-ci dans les bras de PPJVVVZZZ'JJ, le frère de KRRRTTT'SS ! Cette liaison contre-nature avait coûté son mariage à son frère… Soucieux de ne pas froisser le jeune Ewok esseulé et armé, KRRRTTT'SS lui donna succinctement les coordonnées de son ex-belle-sœur, n’ayant pas celles de son frère mystérieusement disparu de la circulation.
Palpatruc n’était plus qu’à 500 mètres de Kioskajuli où résidait Mme Casimuir quand une rafale de blaster désintégra la corne droite de son crâne d’ornement préféré. Il couina quelques mots aussi pacifiques qu’inutiles en direction du bazar en tentant de garder le contrôle du freinage du Speeder. Descendu du véhicule avec la grâce d’une valise à l’astroport de Roua-si, il dodelina prudemment jusqu’à une tache orange qui se mouvait mollement à l’entrée de la boutique entre deux caisses de Moukraines à la glaviouse. Les effluves de gloubiboulga séché expliquèrent finalement l’avachissement de cette humanoïde orange dans un état second qui bavait lamentablement sur son blaster. En pleine possession de ses moyens, le crane touché aurait pu ne pas être celui d’ornement ! Mme Casimuir ouvrit péniblement un œil, presque contente de ne pas avoir affaire à un de la douzaine de jedi trépassés qui la hantaient quotidiennement et dont les conversations absconses n’étaient tenues à distance que par les limbes du gloubiboulga en excès. Trop enchantée de mettre sur les traces de l’adultère et malhonnête PPJVVVZZZ'JJ une boule de poil remontée et armée d’une hache et de dents aiguisés, elle ne tarda pas à dévoiler à Palpatruc les coordonnées spatiales du nid d’amour en orbite que l’infidèle s’était choisi pour roucouler à l’envie avec sa nouvelle conquête.
Avec la complicité de KRRRTTT'SS, Palapatruc se fit
déposer par le « Gris Perle » à l’entrée du sas du Space Loft loué
par PPJVVVZZZ'JJ sous un faux nom. Le cœur
battant, l’intuition de toucher au but chevillée au corps, Palpatruc traversa
les coursives en courant et s’immobilisa interdit au seuil de la salle centrale
qui résonnait d’une mélodie lascive sur laquelle se déhanchait sa princesse
simplement vêtue d’un Bikini de cuivre sculpté sous le regard concupiscent
d’un Dénébien en peignoir de soie rouge ! «Plus je connais les hommes,
plus j'aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j'aime ma
chienne » pensa Palpatruc ! Les regards du Dénébien et de Leia se
tournèrent soudain vers lui. Bien loin de se sentir génée et sans la moindre
culpabilité dans le regard, Leia se jeta avec envie sur le velu visiteur
interloqué de sentir les mains de la demoiselle s’enfoncer avec gourmandise
dans sa fourrure épaisse. Elle susurrait une étrange mélopée dont il ne saisit
que quelques mots disant que « Moi à mon bisounours, je lui fait des
bisous !…. ». La surprise fut à son comble quand la métamorphe
redevint une petite fille de 9 ans qui semblait capable d’une étonnante
maturité. Comprenant la méprise mais guère enclin à parcourir plus longtemps la
galaxie en quête d’une improbable princesse rebelle, Palpatruc
se dit finalement que les transformations de Momo pourrait peut être donner le
change aux anciens si elle acceptait la cérémonie de la pluie fertile avec les
7 mâles dominants de la tribu…
15 février 2008
BLING BLING...
La moiteur de la forêt Guyanaise avait déjà embrumé le cadran de sa Rolex.
Enjambant à grand peine les racines des fromagers qui affleuraient sur le sol
mousu, il marmonnait depuis des heures son irritation sur le temps perdu à
arpenter ces contrées hostiles. S’il atteignait l'Oyapock, la frontière entre
la Guyane et le Brésil, il trouverait un refuge amical dans la grande tradition
de l’exil brésilien en vogue en Europe depuis les années 40.
Lutte contre la pollution, classement en parc naturel protégé, modification du code
de procédure pénale contre l'orpaillage clandestin… « mon
cul ! », pensait-il… il allait « leur envoyer les commandos et
le GIGN dans la gueule, à ces bouseux défoncés aux rhum ! ». Le peu
de contrôle qu’il exerçait sur ses nerfs était tout entier tourné vers la
chaleur supplémentaire que produisait son irritation et, nonobstant les
attaques répétées des moustiques, il se serait bien débarrassé du veston et de
la cravate que sa jeune épouse avait choisi avec soin. Comment pouvait-il se
retrouver seul et perdu dans ce paradis de la malaria quand il ne devait que
superviser pour TF1 le déploiement de l’opération « Harpie » contre
les voleurs d'or? Les orpailleurs lui faisaient de l’ombre. S’attaquer à l’or
local, c’était s’attaquer au pays, et le pays, c’était lui ! Le pillage
n’était pas dans ses habitudes, du moins pas à la place du pigeon…
Le Super-Frelon s’était écrasé peu de temps après son décollage de la piste de
Camopi, un village amérindien frontalier du Brésil. Nicolas commençait tout
juste à respirer au fur et à mesure qu’il s’envolait loin des plumes qui
couronnaient les autorités locales. Ils avait survécu à la traversée en pirogue
de la rivière, Camopi elle aussi, à la promiscuité pittoresque d’individus sommairement
vêtus de pagnes rouges et chaussés de baskets bon marché qui n’avait pas joggé
depuis des lustres. Le poulet boucané n’avait que faiblement perturbé son
intestin aguerri aux sushi et œufs de poissons les plus divers et la chaleur
étouffante alliée à l'humidité ambiante n’avait fait que lui rappeler les
hammams et saunas des villas californiennes, les relents de moisi et de fumier
en moins. Il lui tardait déjà de retrouver le confort et la sécurité familière
du yacht amicalement prêté qui mouillait au large de la côte guyanaise.
« Ca, c’est palace ! » se réjouissait-il… c’était sans compter
les caprices du petit personnel ! Il se crut d’abord pris dans un trou
d’air lorsqu’il entendit dans son casque le pilote hurler entre deux sanglots
« Carla !!!!! Pourquoi tu m’as quitté ?!!! », avant de
plonger l’appareil vers l’enfer vert !
En s’extrayant de la carcasse de l’hélicoptère, il savourait déjà la tête du
Directeur des Renseignements Généraux qui pouvait d’ors et déjà numéroter ses
abatis ! Confier les commandes de l’hélicoptère présidentiel à un ex
quelconque de la première Dame n’étais certes pas un signe de compétence, même si en tenir la liste à jour pouvait
relever de la gageure quelque soit le zèle que pouvait y mettre le service en
charge du dossier. « Ah, ces fonctionnaires ! Ca n’arrivait pas avec
le S.A.C de Charles… le privé, il n’y a que ça de vrai ! ».
La mélodie saccadée de Famas le tira de sa rêverie réconfortante. Des Uzis
reprenaient le refrain. Les chœurs se rapprochaient pour des variations en
rapport à l’hallali. Les commandos furtifs ne l’étaient plus et les orpailleurs
étaient sur les dents jusqu’auxquelles ils étaient armés. Avec l’arc et les
flèches amérindiennes offertes par le chef du village, Nicolas se sentit
soudain plus nu qu’avec un pagne baillant au vent. Déshydraté, cuit par le
soleil et paralysé par la peur, il cherchait à qui faire payer l’outrage de se
retrouver tout nu et tout bronzé par 40° C alors qu’il avait cassé ses
Ray-Ban ! Aucun ami dictateur de l’Est ou du Sud pour lui porter
assistance, pas l’ombre d’un héros hollywoodo-scientologue pour mener à bien
cette impossible mission : la Cité des 4.000 commençait à lui manquer. Il
allait devoir défendre chèrement sa peau, peut être même au prix de sa Rolex,
de sa chevalière et de sa chaînette en or.
Une rafale coupa en brosse la haie de lianes au dessus de sa tête. Il
n’eut pas le temps de se jeter au sol de son plein gré, trop vite plaqué sur la
mousse par 2 individus de type peu blanc sentant fort la sueur ancienne. Son
accoutrement étonna suffisamment longtemps le troisième larron qui le mettait
en joue pour que Nicolas eut la présence d’esprit de lui proposer :
« Gagner plus, ça vous dirait ? ».
31 janvier 2008
SIC TRANSIT GLORIA MUNDI...
Pour ce mois de janvier, le thème de l'"Interdiction de fumer" s'imposait! En y ajoutant un personnage connu et un unviers magique, voilà ce que ça pouvait donner, même avec une inspiration en berne... bon, forcément, c'est mieux de savoir que Lockheed est un dragon de 50 cm de hauteur au garrot et bien connu des lecteur de comics Marvel!
**********************
La taverne résonnait du fracas des pintes entrechoquées qui célébraient la victoire. La loi entrée en vigueur plusieurs semaines auparavant venait de voir appréhendé son dernier opposant. Une traque savamment orchestrée avait finalement mis au ban de la société le héros d’autrefois désormais exhibé aux portes qui lui étaient interdites.
Venu de contrées lointaines et
exotiques inconnues de la plupart, il avait été l’allié des soldats durant les
dernières batailles, compagnons des nuits de terreur quand le jour à venir
pouvait être le dernier. Sa seule présence galvanisait les troupes, chassait la
fatigue et dissolvait la peur de la mort. Sous son influence, la bravoure et
l’audace des guerriers étaient sans pareil au point de susciter l’envie des
ennemis les plus acharnés, à leur tour terrorisés dès que montaient aux cieux
la moindre fumée s’échappant des campements. Les contrées libérées l’avait
accueilli avec enthousiasme, séduit par la désinvolte assurance qui se
dégageait de sa fréquentation. Les érudits en avaient fait leur muse et nulle
nuit n’étaient assez longues pour que les vers et préceptes qu’il leur
inspirait succombent aux assauts du sommeil. L’argent s’amassait et les rangs
des fidèles ne cessaient de se gonfler de fanatiques prêt à tout pour garder
ses faveurs. On s’était arraché les miettes de son aura, et côtoyer ce symbole
de la réussite se monnayait suffisamment cher pour faire la fortune de son
entourage… et susciter les jalousies.
Son pouvoir devint un écran de fumée derrière lequel se cachait les
lâchetés et la dépendance. Nulle victoire ne devenait possible sans lui et le
besoin systématique d’en appeler à ses services fit au fil des mois du
libérateur un esclavagiste malgré lui. Les volutes autrefois admirées sentirent
soudain le souffre. Ses anciens amis l’accusaient des pires maux. On lui
reprochait les morts volontaires aussi bien que les virilités en berne, les
fertilités compromises comme les gouvernements à bout de souffle. Le culte de
la liberté individuelle exigeait un sacrifice sur l’autel du « Mens sana
in corpore sano ». Ce symbole de la liberté que les femmes s’étaient
accaparé avec gourmandise pour marquer leur émancipation se vit bientôt isolé,
banni et finalement couvert de chaînes : il préféra s’écraser dans le
sable plutôt que d’abandonner aux grossiers appétits de soudards assermentés
les cheveux et la peau de Kate contre lesquels il aimait à se lover.
Mieux valait
régner sur le siècle qu’assurer un millénaire de paix. Fort de cette
conviction, les sorciers avaient pris l’ascendant sur les magiciens au sein du
Grand Conseil. Plus rapide, plus facile, plus séduisant était le chemin de la
magie noire. Qu’importait qu’y soit dévorée leur âme. Il convenait cependant de
s’assurer de la mise à l’écart des icônes du peuple. Les magiciens avait été privés de leurs vagabondages à
travers les brumes du plan astral et toute source de fumée magique
prohibée au sein des royaumes. Les sorciers se réservèrent le privilège
exclusif des errances mystiques par combustion de plantes et des rites
cabalistiques embrumés, condamnant les magiciens à une longue et insipide vie
de mortels communs, les shamans au pilori, et les Bamfs aux explosives mines de
charbons.
La terreur des
Broods tremblait de rage. Lockheed enfonça un peu plus ses griffes dans le bois
de l’infamant perchoir auquel il était attaché, trophée humilié et bâillonné.
Fulminant contre ses ingrats geôliers, il s’agitait maintenant furieusement tel
un forcené, la gorge brûlée par sa flamme prisonnière. Soudain, ses ailes se
trouvèrent libérées ! L’espoir de retrouver Kitty et leur dimension
d’origine revivait !
Cette superbe illustration est de Laurent Sieurac dont vous pouvez retrouver les Œuvres aux éditions Soleil!
10 janvier 2008
OCCIS SOIT QUI MAL Y PENSE...
Il y a une petite décennie, j'ai commis cette atrocité à épargner aux âmes sensibles... Bonne année 2008 à tous!
OCCIS SOIT QUI MAL Y PENSE...
Les grilles grincèrent sur leurs gonds, garantissant aux gamins de graves gadins sur les graviers des grandes allées garnies de géraniums et autres plantes grasses. Le jardin jalonné d'un genre de gendarme jubilait de ce jaillissement de jeunesse dérangeante. De vieilles évanescentes voulant vagabonder à l'envie dans les espaces verts sans l'épreuve du voisinage de ces juvéniles vivacités envoyaient leurs valets vociférer vers ces viviers de voyous. Terrassée par le tumulte, toute la troupe des pandores pédalait en haletant aux trousses des terribles taquins. Les marmots railleurs riaient avec outrance de voir enrager les radoteuses arides et ridées. Ils s'effrayèrent cependant de l'approche de Bernard.
Vociférant vers les viviers de voyous qui dévalaient les vertes vallées de leurs westerns urbains, Bernard eut soudain l'oreille attirée par les cris de douleur de cordes de guitare que l'on pinçait sans ménagement. Suivant les plaintes nauséeuses de l'instrument torturé‚ Bernard arriva à proximité de la pelouse ouest, celle au milieu de laquelle traînait un cyprès centenaire, reliquat d'un ancien royaume sylvestre, quand les archipels de verdure étaient autre chose que des structures alibis pour société post-industrielle dioxyde-de-carbonisée. Quelques fantômes d'humanité traînaient leurs guenilles anachroniques sur l'herbe officielle, écrasant leurs mégots de verdure illicite dans les parterres réglementaires et massacrant quelques partitions morte nées pour rebelle post-pubère en rupture de carte bleue. Cette présence incongrue dépassait de beaucoup les routinières nuisances des gamins insolents et des grabataires autoritaires qui habitaient le quotidien de Bernard. Signalant sa présence d'un coup de sifflet irrité, il enjoignit les vandales éthérées de quitter le jardin public sur le champ. Les tristes zombies rampèrent vers les grilles sans même se fatiguer à maugréer, ne serait-ce que pour la forme. Les contestations étaient restées d'un autre temps. Il tardait à Bernard que la journée prenne fin. Garder le contrôle. Reprendre son souffle. Ne pas laisser monter la colère, cette émotion négative qui l'avait déjà privé de sa femme.
Les longues allées calmaient sa nervosité. Il lui tardait de regagner ses pénates solitaires, le calme et l'ordre de sa maison de garde-barrière avec son petit jardin transformé en serre, la présence olfactive de ses orchidées dominant l'agrégat floral qui l'enveloppait de chaleur réconfortante. Les derniers badauds quittaient le parc. Bernard attaqua donc son dernier tour de garde qui le conduirait jusqu'au grille qu’il avait devoir de fermer. Il faisait l'état des lieux après une journée d'occupation des jardins par les barbares anonymes. Les mégots de cigarettes et les papiers de bonbons flottaient dans le bassin des poissons rouges, les hortensias gisaient, écrasées par les ballons rebelles, les rosiers décapités par d'indélicats romantiques pleuraient de honte de s'exhiber ainsi décharnées, les marguerites effeuillées par d'indignes Roméo s'entassaient tels des charniers de corps démembrés. Les relents d'urine témoignaient des prostates fatiguées qui s'abandonnaient dans les bosquets les plus à l'écart... et les pelouses piétinées, les arbres meurtris d'initiales oubliables, le grand cyprès outrageusement fardé des sacs plastiques oubliés et des cahiers d'écoliers que l'on ampute des pages les plus médiocres... et cette masse comateuse qui était restée avachie sur la pelouse prés du cyprès bien qu'on l'en ai chassé, les pieds meurtriers écrasant les plates-bandes encore inachevées par le râteau oublié du jardinier impatient!
Bernard fut sur lui, le cœur soulevé de rage, les yeux gonflés de sang sur son visage exsangue. Un violent coup de pied dans les cotes du dormeur coupa le souffle régulier du ronflement repus. Sursautant, haletant de douleur, l'esprit encore embrumé, la larve anémique se noyait dans un flot d'injures indistinctes et de lumières qui dansaient comme des flammes devant ses yeux. Il balaya d'un revers l'espace environnant pour chasser les flammèches hostiles. Son bras heurta la jambe de Bernard qui perdit l'équilibre. Celui-ci saisit dans sa chute le râteau abandonné et s'y arc-bouta. Retrouvant sa stabilité, il brandit l'outil aux dents acérées et l'abattit sur l'hostile tas d'humanité qui parasitait ses paysages intimes. Un craquement sinistre rompit le sortilège de démence.
Une nouvelle fontaine venait de naître dans le jardin public. Bernard voyait la terre se repaître du sang de la victime. Saisissant par les bras la masse inanimé, il la traîna dans la densité du fourré le plus proche. Le parc était vide de témoin. S'étant assuré que le corps était invisible, il se rendit à l'entrée du jardin public pour priver les curieux de tout accès, puis regagna les locaux municipaux qui abritaient le vestiaire et les ateliers des employés à l'entretien et à la surveillance du parc. Il troqua son uniforme de toile verte pour un costume de même couleur et s'assit dans le vestiaire désert en attendant la tombée de la nuit et la venue de sa complice.
La nuit et la lune favorisant sa tache, Bernard se mit en peine et, bêche sur l'épaule, retourna prés du bosquet qui conservait précieusement son secret. Creusant le parterre de fleur balbutiant, il se fit un devoir d'installer le plus confortablement possible l'engrais en devenir dont il avait hâté le destin, presque à titre de réparation du préjudice subi par les parterres malmenés. Il Recouvrit de terre le pénitent, puis planta sur l'improbable tombe un embryonnaire tapis d'Ancolies, de Gentianes et de lavandes. Le jardinier n'accuserait même pas Bernard de piétiner ses plates-bandes, connaissant sa passion de la flore et ses conseils en la matière ayant parfois étés sollicités par le gardien du jardin public. Il serait d'ailleurs bien trop content de cette aide imprévue qui lui permettrait encore de partir plus tôt le lendemain cultiver son jardin secret. Il s'était d'ailleurs toujours montré satisfait des créations de Bernard qui n'en était pas à son coup d'essai. Les massifs de Myosotis qui entouraient le Cyprès de la pelouse ouest étaient son œuvre, sa toute première œuvre. Depuis son arrivée parmi les membres du personnel du jardin public municipal, Bernard avait toujours tenté de troquer sa défroque de gardien contre celle de jardinier. L'ancien directeur s'y était opposé jusqu'à son départ en retraite, laissant même consigne à son successeur de faire obstacle à tout changement. Une rivalité amoureuse était à l'origine de cette rancune. La femme de Bernard avait un temps été courtisée par l'ancien directeur mais s'était finalement tourné vers son amoureux des plantes: Bernard. Peut être avait-elle fini par s'en mordre les doigts puisqu'elle était partie un jour sans jamais donner de nouvelles. Certaines mauvaises langues lui attribuaient une fugue amoureuse sur les traces de son ancien soupirant, parti vivre sa retraite en de lointaines contrées sans plus se manifester. Bernard compensait depuis ses frustrations de jardinier au soleil couchant, et la lune favorisait souvent la croissance des Anémones et des Eglantines plantées par le gardien, les jardiniers s'accordant à lui trouver une réussite certaine en terme de croissance florale. Sans aucun doute, Bernard avait la main verte et le secret des engrais les plus efficaces! Satisfait d'avoir de nouveau fait naître l'ordre du chaos, Bernard rentra chez lui retrouver la chaleur de son foyer désert‚ où il cultivait ses Hortensias et le souvenir de l'aimée.
La grille grinçât sur ses gonds. Les mêmes gamins s'engouffrèrent dans les allées, bousculant les vieillards insomniaques du quartier qui depuis l'aube guettaient de leurs fenêtres l'ouverture de l'îlot où ils venaient s'échouer chaque jour sur le même banc, égrenant leurs dernières heures au grés de l'appétit des pigeons familiers. Bernard tenait la grille ouverte, fermant les yeux comme pour oublier l'invasion de son Eden. Quand les échos furent dispersés aux quatre coins du jardin, il balaya du regard le territoire qu'il avait devoir de protéger des débordements des étrangers de passage, totalement ignorant des usages en vigueur parmi la population sédentaire du jardin public. Il entama le périple rituel attaché à sa fonction par la visite au nouveau venu de la pelouse ouest.
Négligeant la pelouse sud qu'aucune âme n'était encore venue habiter, Bernard s'assura d'abord que la marmaille extatique se cantonnait encore dans les bacs à sable et sur les balançoires, les ballons destructeurs ne heurtant pour l'instant que les têtes pleines d'air de leurs inconséquents propriétaires. Le vent dans les branches du cyprès accueillait Bernard d'un salut plein de la discrétion dont avait toujours fait preuve Hortense. La négligence avec laquelle elle avait traité les plantes et les fleurs qui envahissaient le logement conjugal n'était plus qu'un mauvais souvenir. La colère de Bernard avait mis bon ordre à cet état de fait, Hortense étant maintenant tournée de tout son être vers la croissance et l'épanouissement des Myosotis auxquels Bernard avait finalement consacré sa femme. Il comptait maintenant sur l'influence maternelle d'Hortense pour que la contingence humanoïde qui lui tiendrait désormais compagnie assume pleinement le sens qu'il avait trouvé à sa vie. Dans le cycle de la vie, il nourrissait maintenant les plantes dont il s'était sustenté pendant des années.
Bernard poursuivit son pèlerinage vers la pelouse au nord du jardin, passant prés du bassin central occupé par les poissons rouges silencieux et disciplinés, sans accorder ne serait-ce qu'un regard de mépris aux décatis égoïstes s'accrochant désespérément à des chairs qui ne vaudraient bientôt plus leur poids en énergie vitale. La pelouse au nord du parc était le théâtre des expériences botaniques les plus décevantes parmi celles que menait Bernard. Il n'avait jamais pu obtenir la collaboration de son ancien directeur et néanmoins rival. Celui-ci avait toujours été reconnu pour sa sécheresse de cœur qui paraissait avoir contaminé l'intégralité de sa personne physique. Bernard avait pourtant innové‚ en tentant d'intégrer à la flore locale des plants de Basilic, de Buglosse, de Houblon et même de Ciguë, mais ces spécimens pourtant de caractères funestes n'avaient pas résisté à la mauvaise herbe mêlée à l'engrais ingrat.
Perdu dans ses pensées, occupé à imaginer un nouveau projet d'implantation florale plus vivace, Bernard arriva à l'ombre des bosquets de la pelouse est, elle aussi orpheline de la moindre parcelle d'âme. De plantation en plantation, sa déception s'était faite plus cruelle, la qualité des engrais ne garantissant pas toujours la magnificence des fleurs en butte à bien d'autres prédateurs. Son humeur morose quotidienne se mua pour le reste de la journée en bile de sénile acariâtre. Sa face de triste sire découragea même toute déprédation. Les marmots chamailleurs allait veiller à se tenir soigneusement à l'écart des précieuses compositions florales du gardien croquemitaine, tachant de rester dans les limites de leur terrain de football improvisé.
La journée arrivait à son terme. Prostré dans sa mélancolie, Bernard ne vit pas tomber du soleil le ballon dont la gravité faisait un projectile d'importance. L'impact du cuir gonflé à l'extrême sur la peau vieillissante du gardien du jardin public jeta celui-ci à terre, inconscient. Bernard reprit connaissance brutalement, ses yeux exorbités luttant contre le brouillard qui envahissait sa vision. Un bruissement dans la profondeur des bosquets attira son attention. Exalté, il se lança à quatre pattes dans l'exploration des fourrés acérés. Un courant d'air coloré tenta de lui échapper. Bondissant à travers les épines qui s'enfonçaient dans son épiderme déjà durement brûlée par le choc, il saisit le gamin à bras le corps, l'écrasant de tout son poids, le bras passé autour de sa tête empêchant celui-ci de crier sa terreur. Bernard rêvait déjà du parterre de Pivoines sur vitaminées qui ornerait bientôt la pelouse à l'est de son paradis intime.
29 décembre 2007
CLEMENT...
La nouvelle année qui s'annonce est porteuse de promesses! Halte à la sinistrose! Laissons nous emporter par l'euphorie la plus totale! Par exemple, que faire en pleine mer, avec une citation de Desproges, un ours en peluche et un positronneur nucléaire?
CLEMENT…
Loïc ramait furtivement, tentant d’éloigner
le Zodiac du Black Pearl arraisonné par les autorités maritimes. Peu concerné
par l’opération douanière d’envergure que ne manqueraient pas d’invalider 8
années de procédure judiciaire internationale, il préférait s’épargner la
rigueur tatillonne des garde-côtes qui risquait de le maintenir plus que de
raison dans une prison à la merci du choléra et de la dysenterie. Ses viscères
étaient de toute façon déjà mis à rude épreuve par le mal de mer qui ne le
quittait pas.
La fuite lui était pourtant familière. Une
décennie plus tôt, il s’était rendu compte que « L'intelligence est le
seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur ». Les avanies du quotidien et les
aspirations du vulgaire lui semblait alors une gangue pour l’intellectuel qu’il
s’appliquait à mettre en scène pour mieux faire taire l’animal qui était en
lui. La frayeur née de ce constat le
poussa à s’exiler et il partit se ressourcer en Afrique en aidant des
enfants à accéder à l’essentiel : compter, lire, écrire, et connaître nos
ancêtres les gaulois. Au-delà affleurait la conscience du malheur.
Lorsqu’il ne s’acharnait pas à réaliser son
œuvre civilisatrice soigneusement expurgée, Loïc se rendait sur le port pour
prendre livraison et trier les rogatons que l’Europe recyclait pour le prix
d’une conscience apaisée. A l’approche de Noël, les jouets borgnes ou orphelins d’une partie de leurs roues et
les vêtements chauds et élimés remplissaient les caisses des cargos. Pourtant
peu physionomiste, Loïc avait reconnu Théodore sans l’ombre d’une hésitation
malgré son poil défraichi, son museau écrasé et la mousse qui s’échappait de son
bras droit. Sur l’étiquette jaunie, les initiales « LR » tracées il y
avait 35 ans d’une main enfantine à coté de la mention « Made in
China » valaient tous les tests ADN du monde. Entre ses mains, le nounours
invoquait les spectres de l’enfance et de l’âge adulte qu’aucun positronneur
nucléaire ne pourrait jamais chasser. Accrochée au ruban crasseux de Théodore,
la breloque gravée du prénom de Clément né le 19/12/1997 ne faisait pourtant
pas partie de sa panoplie habituelle.
Loïc ne s’attendait pas à être rappelé à la
civilisation par un ours en peluche qu’il n’avait pas vu depuis une éternité…
une éternité de 10 ans… une éternité
depuis qu’il avait cessé de boire les paroles de cette gourde à laquelle la
soif d’amour l’avait un temps attaché et qui lui parlait d’avenir. 19 mars
1997… toujours cette obsession pour la précision, la fuite du temps et les
zèbres. Ce prénom d’enfant né 9 mois après qu’il ait lâchement abandonné
Théodore aux mains d’une fille dans un appartement parisien l’avait fort troublé
au long des heures passées à fond de cale.
Sa tête résonnait encore des échos du sac
de riz éventré qui l’avait traîtreusement cueilli alors qu’il était perdu dans
ses pensées. Il était encore inconscient bien après la fermeture des soutes du
cargo. Quand il reprit connaissance dans l’obscurité de la cale désormais
close, Loïc tâtonna suffisamment longtemps dans le noir pour renverser le
couvercle mal scellé d’une caisse de Uzis. Les premières lueurs qu’il vit
furent celles des diamants qui en tapissaient le fond. Le capitaine
transportait de quoi équiper et payer les mains des mercenaires qui
maintiendraient en place à vie quelques dirigeants démocratiques autoproclamés. Loïc craignait que ces
transactions rendent le maître à bord peu enclin aux constats d’accident et que
son débarquement se fasse de façon sommaire et précipitée à plusieurs dizaines
de miles de la côte. Le halo d’un projecteur et les éclats d’un porte-voix
autoritaire le rassurèrent suffisamment longtemps pour qu’il réussisse à se glisser
hors de la cale dans la confusion générale et à mettre à l’eau un Zodiac de
secours.
Il est des traumatismes crâniens qui vous rendent Républicain et d’autres qui vous font oublier la peur de la mort. Le parcours singulier de l’individu et l’héritage laissé au monde peut adoucir l’inéluctabilité de l’issue collective. Animé de cette conviction, Loïc ramait désormais comme un possédé, espérant bientôt rencontrer un rivage où il pourrait poursuivre sa quête au sec. Loin de la mer et pleine de défiance, la paternité l’attendait de pied ferme. Le guano qui vint nonchalamment s’écraser sur la proue du Zodiac lui apporta le réconfort de savoir que la terre où devait nécessairement se poser la mouette diarrhéique était à portée de rame.
17 décembre 2007
UN PETIT CONTE DE NOEL...
TRI SELECTIF :
un huis-clos à Noël, avec un cachet d'aspirine, une chanson de Bourvil et des pétards.
Après 10.000 ans d’évolution, quelques milliards d’illuminés forcément méritants attendaient le Père-Noël. Dans le doute, des organismes de crédits à taux d’usuriers s’étaient fait un devoir de financer des tonnes de cadeaux vulgaires et inutiles. Un clochard surendetté commençait à geler pendant que les micro-ondes tournaient à plein régime dans les cuisines garnies des fruits de la trêve des confiseurs. Félix le contourna négligemment, pressé d’échapper à la persécution des néons blafards et à l’injonction d’amour et de paix aux hommes de bonne volonté.
Contrarié par l’idée qu’un vieil adipeux trainè par des rennes volants se faufile dans sa cheminée, Félix s’était réservé le droit de ne pas faire ramoner la sienne. Le corps de l’obèse couperosé sponsorisé par une marque de soda ne viendrait pas répandre son cholestérol dans son foie gras. Sa soupente était donc à température idéale pour le Sauternes quand Félix en franchit le seuil au bord de la crise cardiaque depuis déjà 4 étages.
2 heures plus tard, son cœur avait cessé de s’agiter alors même qu’il gardait précieusement son humeur morose chevillée au corps, langoureusement enlacée par une migraine persistante. Aucune gourmandise ne vint à son secours. Négligeant la dinde froide, le regard de Félix se perdit dans la contemplation des bulles joyeuses que produisait dans son verre à Moutarde une quelconque marque d’Acide Acétylsalicylique dont il oubliait toujours le nom. C’était tout le paradoxe des maladies de vieux : oublier le quotidien mais se rappeler jusqu’à revivre les drames vieux de 30 ans. Pas de roi Mage au chevet de son bébé... Balthazar avait du être reconduit à la frontière, que ce soit par Félix ou un de ses collègues. Même le SAMU était arrivé trop tard… Quand les gentilles idioties d’un fantaisiste Normand du siècle dernier échouèrent à le dérider, il se dit que cette heure était des plus propices aux taquineries d’usage du chien de son 6.35 de service qui lui faisait les yeux doux depuis quelques jours.
« Non je ne me souviens plus
du nom du bal perdu…»
Sa Mathilde n’allait de toute façon pas quitter le cadre de la photo ni sa concession pour entrainer son vieux cogne décati et perclus d’arthrite dans une java endiablée. Entre 2 larmes fugitives et un sanglot étranglé, Félix composa un dernier numéro sur le clavier de son téléphone. Déjà, les sirènes étaient suffisamment proches pour avoir une chance de sauver la viande pouvant être recyclée. Pour peu qu’il soit adroit, ce dernier sursaut d’altruisme et un rein de Félix ferait bien le bonheur d’un quidam halluciné convaincu que ce triste nid de cafards de 12.00 kilomètres de diamètre valait encore la peine que l’on tourne en rond dessus.
Une balle pas perdue pour tout le monde alla s’égarer dans le tumulte des pétards prévus à l’origine pour la victoire des Bleus à la dernière coupe du Monde de Rugby.
21 février 2006
MACCHABEE DELICIEUX...
Ce soir, la flemme est de retour, donc ce sera "The vieille Prose" pour un nouvel exercice d'archéologie nostalgique qui emmènera les curieux vers l'été 2005. Sur un forum que je visite régulièrement, allant même jusqu'à m'y exprimer lorsque tout sens de la mesure me quitte, une étrange mais non moins virtuellement charmante demoiselle connue sous le pseudonyme de DigiTalyn lance l'idée et les premières lignes d'un "Cadavre exquis de l'été". La miss avait préparé ces quelques lignes pour un projet sur son propre blog que vous trouverez ICI et dans les liens d'amis. Pris au jeu, j'avoue m'être adonné avec délectation à cette ludicité estivale et m'être rendu coupable des chapitres III, VIII et X.... Un avant-goût? POUR ADULTES AVERTIS SEULEMENT...
CHAPITRE III
Je ne rêvais que d’oublier la vision sordide du corps démantibulé
d’Hélèna en plongeant le mien, encore vivant, dans un bain parfumé en
compagnie de Jack Daniels et Dominique A. Je m’engageai à peine dans ma
rue, perdue entre la fatigue et la tristesse. Un choc violent à
l’arrière de ma Mini Cooper me ramena à la réalité. Encore secouée, je
m’extrayais de la voiture pour contempler ébahie le pare-chocs et le
coffre gisant au milieu des éclats de verre qui jonchaient la chaussée.
J’eue à peine le temps de penser que la Mini était aussi facile à garer
qu’à démolir qu’un bras furtif s’écrasa sur ma gorge…
Je tentai de me dégager d’un coup de coude en arrière, lançant mon
talon dans les chevilles de mon agresseur. Malgré la côte qui sembla
céder sous ce premier coup, le chloroforme me dissuada rapidement de
poursuivre plus avant ma démonstration de self-défense apprise dans les
fiches pratiques de Cosmopolitan. Je sombrais sur une dernière douleur,
le saligaud brutal écrasant mes seins pour mieux me tirer en haletant
vers une vague camionnette.
« - …Gaby… ». La voix d’Héléna tentait de me tirer de ma torpeur. Son
doux accent Magyar caressait mon cortex. Un élan d’espoir me fit
commettre l’erreur d’ouvrir les yeux pour me rassasier de sa beauté
ressuscitée. La douleur se rappela à mon bon souvenir. Pas de doute,
j’étais vivante. Hélèna était morte.
L’humidité des vieux cartons sur lesquels j’étais couchée et l’odeur
d’urine rance qui m’environnait me confortèrent dans mon pessimisme
naturel. Seules les menottes qui mutilaient mes poignets joints
derrière mon dos m’empêchèrent de protéger mes yeux de la lumière
aveuglante des projecteurs qui m’entouraient. Un larsen suivi d’une
voix déformée sortit d’un haut-parleur.
« -Que vous a dit la putain ? » La question fut ponctuée d’un coup de
pied dans le dos pour faire bonne mesure.
Voilà pour l'apéritif. Le suspens est à son comble! Le début, la suite et la fin? C'est en cliquant sur le loupiot et c'est toujours pour adultes seulement!
Avec les compliments de DigiTalyn, Zaitchick, Halnawulf, Kgben, JaiWicky et M.


